La démocratie contre la terreur

La démocratie contre la terreur

Face au terrorisme, nous constatons l’incapacité pathétique des démocraties, de la démocratie, à y apporter, non pas une réponse, une riposte efficace, mais, ne serait-ce que le moindre début du commencement d’une perception cohérente, donc rassurante.
Impuissante, tâtonnante, effrayée, scandaleusement naïve et effroyablement opportuniste, la démocratie offre systématiquement un prolongement inespéré à la démonstration voulue par le terrorisme : «La fragilité et la vacuité» de la démocratie. Écoutons ces débats navrants de «spécialistes». Du vent plein les écrans.

Qu’est-ce que la démocratie ?
Des Etats présumés légitimes dont la démocratie marchande et le spectacle organisent chaque jour, chaque instant, la suspicion généralisée, la délégitimation systématique et permanente.
Qu’est-ce que la démocratie ?
Des peuples souverains sensés par le biais de l’engagement collectif et du suffrage universel détenir le destin des nations en connaissance des idées et des projets en compétition et en vertu du seul et unique critère de l’intérêt général. Or, voilà que la démocratie n’offre plus que le spectacle de foules fanatisées ou des corporatismes ostensiblement égoïstes pour mieux masquer la vérité d’un désengagement de masse, d’une tendance de fond individualiste, consumériste, je m’enfoutiste, nihiliste et mercantile. De chacun, donc de tous, ou presque.
L’abstention électorale persistante, et de plus en plus arrogante, n’est que la manifestation cyclique d’un abandon délibéré et massif de l’idéal démocratique. Une régression, encore une, à laquelle les présumés démocrates déroutés tentent à chaque fois de trouver des «justifications» en flinguant la démocratie.
Qu’est-ce que la démocratie ?
Des projets politiques contradictoires et légitimes portés et servis par des mouvements, des partis, des hommes et des femmes dits politiques, censés représenter la diversité naturelle de la société des Hommes. La démocratie ne semble s’exprimer aujourd’hui qu’à leurs dépens.
La politique est brocardée, caricaturée, dénigrée, ridiculisée sous tous les cieux et par tous les moyens. Que souvent les politiques eux-mêmes participent à ce lynchage ne change rien à ce «désir» collectif du chaos. Ils ne semblent plus pouvoir autre chose que de s’y «adapter». De faire semblant de «décider» là où ils ne décident plus rien. Le marché, là encore, le spectacle, les médias, l’audience, l’image, réduisent les politiques à de pâles caricatures plus vraies que nature de leur propre impuissance. Moins ils ont de pouvoir, plus ils s’enfoncent dans le numéro si attendu des grands discours et des petites phrases. Ils ne gouvernent plus, ils justifient. Ils ne pensent plus, ils posent. Ils n’osent plus, ils suivent. La mode, la tendance, la foule, les caméras, les sondages, l’air du temps futile de l’ère de rien.
Qu’est-ce que la démocratie ?
Des médias libres et sérieux qui la font vivre. Des supports qui informent, interpellent, analysent, proposent, confrontent, donnent à savoir, à comprendre, à s’élever, à s’engager, à choisir, à bâtir donc, ce destin collectif humaniste et démocratique, toujours et partout inaccessible, inachevé et fragile. Or, voilà que la démocratie se confond de plus en plus avec la dérive médiatique marchande, sensationnaliste, cynique, voyeuriste, démagogue et terriblement irresponsable. Un pouvoir terrifiant par son arrogance, sa légèreté et son opportunisme.
Totalement soumis à la logique du profit, de l’audience, de la vente, de l’argent… Son seigneur et maître au pied duquel il brûle, en offrande expiatoire, les idées, les valeurs, les institutions, la vérité… au nom bien évidemment de «la liberté» de vendre. Les médias ne s’adressent guère au peuple, il faut le comprendre, mais à la foule. Tout le reste en découle. Y compris la nécessité absolue de s’ériger en pouvoir absolu…sans contre- pouvoir. La politique, la justice, l’éthique, la raison, étant, en l’occurrence, les ennemis à abattre. Les médias de l’argent et de l’abrutissement ne s’y trompent pas. Leur rôle est d’asservir ces pouvoirs légitimes pour mieux les achever.
Qu’est-ce que la démocratie ?
Toute cette construction théorique, cet idéal humaniste qui a été dénaturé, neutralisé, corrompu par ses pires ennemis : l’argent, le marché et le spectacle. Ce rêve caricaturé en façade pathétique de l’impuissance du politique, de l’impossibilité de la transformation sociale. Minée de l’intérieur, trahie par ceux- là mêmes qui devraient la faire vivre, la démocratie, ce pire des systèmes à l’exception de tous les autres, laisse à penser à ses ennemis qu’il est prenable.
Conformément à ses propres défaillances. Le terrorisme qui est d’abord une idéologie, une stratégie de prise de pouvoir, a bien compris l’extrême fragilité de l’édifice qu’il convoite. Alors, il s’y est installé. Il a investi tous les espaces, toutes les contradictions, toutes les opportunités, tous les instruments…. de la démocratie. Son plus éclatant et plus dangereux succès, c’est d’avoir fait valider, accepter, par la démocratie et les démocrates, sa version «soft», son venin obscurantiste, sa vulgate haineuse, son projet apocalyptique, comme «élément naturel» du débat. Comme expression « acceptable» d’une démocratie qui se savait déjà ne plus être que l’ombre de son essence originelle.
Ainsi le terrorisme s’est – il invité à la table des obscures combines des plus prestigieuses démocraties, participé à côté du «monde libre» à contrecarrer bien des «périls rouges» ; bénéficié de l’absolution et de la bénédiction de la bien- pensance médiatico-intellectuelle mondiale et inspiré les plus détestables péroraisons savantes sur son caractère «révolutionnaire», «moderniste» et «salvateur», notamment lorsqu’il sévissait en « régression féconde» dans le monde arabo- musulman où cette même bien – pensance décérébrée ne voyait comme « ennemi» de sa joyeuse perspective libératrice que les affreux «éradicateurs sécuritaires» autrement dit les démocrates qui savaient, qui voyaient venir le danger….. et qui avaient l’outrecuidance de le lire.
Bienveillance, aveuglement, manipulations, qu’importe, pendant l’affaissement irrésistible de la démocratie, le terrorisme s’installait dans les sociétés, les médias, les associations, les banques, les affaires… et dans les esprits. Aujourd’hui, ses coups meurtriers, ses frappes barbares aspirent à hâter, par la terreur et la paralysie qu’ils engendrent, l’effondrement d’un système qu’il croit fragile et dont il compte exacerber les faiblesses et les contradictions pour provoquer le chaos. Donc son propre et définitif règne.
La question aujourd’hui est de faire mentir cette diabolique stratégie de la terreur. Une seule réponse.
L’unique riposte : la démocratie.
Mais, qu’est-ce qu’une démocratie qui n’arrive plus à s’imposer comme évidence libératrice et juste, comme le meilleur et indépassable mode de régulation de la diversité, comme l’expression de l’intérêt général et de l’émancipation individuelle ? Mais, qu’est-ce qu’une démocratie qui ne réhabiliterait pas ses valeurs fondatrices et ses règles de fonctionnement ?
Mais, qu’est-ce qu’une démocratie qui ne mobiliserait pas tous ses adeptes, ses institutions pour se défendre, se protéger et triompher de la barbarie ?
Avant l’acharnement terroriste, la démocratie était en question, pour ne pas dire en crise.
Aujourd’hui, elle est en péril. Son salut, celui de l’humanité, est tributaire de sa capacité à se remettre en cause, à s’interroger sur ses failles et ses compromissions et à se renouveler. Pour cela, elle a plus que jamais besoin d’Etats, d’institutions, de médias, de politiques, d’intellectuels et de peuples démocrates. Lucides et déterminés. Libérés enfin des chaînes du marché et du spectacle qui font le lit de la barbarie.

• Par Mohamed El Gahs
Secrétaire d’Etat à la Jeunesse

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