La ruse de l’oncle ne passe pas

Le destin a voulu que Fatna et Rachida aient le même âge, quarante-cinq ans, qu’elles soient les femmes de Abdelkrim et qu’elles soient toutes les deux devant la Chambre criminelle près la cour d’appel de Settat.
«Vous êtes accusées d’avoir mis volontairement le feu à des récoltes et à des pailles dans le champ de l’oncle de votre mari…», leur communique le président de la Cour.
Les deux femmes échangent les regards, se taisent encore, aucune d’elles n’ose répondre. Elles n’ont pas encore pu avaler la réalité, qu’elles risquent une peine allant jusqu’à 20 ans de réclusion criminelle. L’avocat, qui les soutient, leur a déjà expliqué qu’elles sont poursuivies selon les dispositions de l’article 581 du code pénal qui stipule que « Quiconque, (…) met volontairement le feu (…) à des récoltes sur pied, à des pailles ou à des récoltes en tas ou en meules ; (…) est puni de la réclusion de dix à vingt ans. ». Seulement, il les a rassurées qu’il ferait son possible pour les aide jusqu’au bout. «parce que je suis convaincu de votre innocence» leur a-t-il confié.
Elles clament leur innocence depuis le premier jour de leur arrestation.
«C’est un coup monté par mon oncle…», crie à gauche et à droite leur mari, Abdelkrim. Il ne sait pas jusqu’où la cupidité peut emmener son oncle qui n’a pas hésité une seconde à porter plainte contre ses deux épouses. Tous les voisins du douar Ouled Freha, région de Beni Meskine, à Labrouj, province de Settat sont intervenus auprès de son oncle pour qu’il retire sa plainte. Mais sa raison a déjà cédé la place à la rancune au point qu’il ne se souvient plus du lien de parenté qui les lie. «Il n’est plus mon neveu…Je ne renonce pas jusqu’au jour où je les mettrai tous à la prison…», leur disait-il sans vergogne.
Dans sa plainte, il a affirmé que les deux femmes ont effondré le mur encerclant son champ et elles ont mis le feu dans la paille et dans les oliviers.
Les trois témoins qui l’ont soutenu ont affirmé avoir vu le feu dans le champ.
«Effectivement, M. le président, j’ai récolté les olives comme à l’accoutumée et j’ai mis le feu dans la paille. Mais c’est le champ de mon mari», déclare Fatna au juge.
«Comment ça ? explique-toi bien», lui demande le juge.
Le plaignant héritait, lui et son frère Abdelkader, le champ, objet du litige. Ils n’ont jamais pensé partager le champ pour que chacun prenne sa part. Surtout que Mohamed ne s’y intéressait pas parce qu’il s’occupait de son job à Casablanca. Quand Abdelkader est mort, son fils, Abdelkrim, commençait à s’occuper du champ et de sa production en olive. Ses deux femmes, Rachida et Fatna, l’aidaient.
Mohamed a pris sa retraite en 2001. Et il a rejoint sa famille au douar pour s’intéresser à la terre. Quand il a remarqué sa bonne production, le ventre de son oncle commence à se gonfler. Il voulait avaler toute la production. Il a entouré aussitôt le champ par un mur pour empêcher son neveu et ses femmes d’y entrer.
Les problèmes ont commencé et les confrontations ont été entamées entre le neveu et l’oncle au point que ce dernier a inventé l’histoire de l’effondrement du mur et la mise à feu. La Cour a entendu les témoins avec une grande attention et elle a soulevé les contradictions des témoignages pour se convaincre enfin de l’innocence des deux femmes.
Elles ont fondu en larmes quand elles ont entendu le jugement : l’acquittement. L’oncle a quitté la salle d’audience en baissant la tête. Regrette-t-il son comportement ou pense-t-il à une autre ruse?

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