Laâyoune, capitale des retrouvailles

Laâyoune, capitale des retrouvailles

Il est 10H30 devant l’aéroport Hassan 1er de Laâyoune. L’ambiance ce vendredi 5 mars est pour le moins exceptionnelle. Et pour cause, le premier avion onusien transportant les premiers bénéficiaires de l’opération d’échanges de visites familiales entre les citoyens marocains des provinces du Sud et leurs proches séquestrés dans les camps de Tindouf, dans le sud-ouest algérien, est sur le point d’atterrir.
Dans le parking de l’aéroport, des tentes aux couleurs locales sont dressées. A l’intérieur, les familles et proches de ceux et celles qu’ils n’ont pas revue il y a des années. Les femmes, portant sans la moindre exception les melhafa, l’habit traditionnel des femmes sahraouies, sont majoritaires. L’émotion est forte. Les sourires sont lisibles sur toutes les lèvres. Certains ne peuvent contenir leur émotion et essayent tant bien que mal de canaliser leur stress en faisant les cent pas devant ces mêmes tentes, parmi la véritable marée de journalistes, armés de caméras, micros et autres matériels, venus couvrir l’événement.
Parmi eux, El Amary Omar. Il est le seul à être venu de Dakhla ce jour-là et semble particulièrement anxieux. «Nous remercions dieu pour cette chance qu’on a de pouvoir enfin voir nos proches. J’attends des cousins à moi que je n’ai pas revus depuis 26 ans. C’est un grand jour. Et nous espérons que cette initiative soit élargie à tous les séquestrés de Tindouf», dit-il. Certains sont venus seuls, d’autres en groupes. C’est le cas de Mohamed Oueld Hmaid Ouled Mohamed, venu avec son enfant Hamza. Hamza qui pourra pour la première fois rencontrer son oncle, El Mokhtar. « J’ai encore deux frères et plusieurs cousins là-bas. Je tiens tant à ce que mon fils puisse les voir tous, ne serait-ce qu’une fois dans sa vie», déclare Mohamed, incapable de retenir ses larmes.
Au-delà de l’attente qui régnait à ce moment-là, certains observateurs se posaient d’ores et déjà la question quant à la réaction des séquestrés à la vue de leurs proches, mais aussi de la ville de Laâyoune, eux que l’obstination d’un séparatisme aussi infondé qu’inutile a obligé à vivre dans des camps et dont plus personne n’a même pas idée de ce que c’est qu’une ville.
La réponse n’a pas tardé. Vers 11h, accusant une bonne vingtaine de minutes de retard, le tant attendu avion fait son atterrissage. Un atterrissage précédé par une petite émeute devant les portes de l’aéroport qui, sécurité oblige, avaient été fermés. Seuls les journalistes et quelques responsables pouvaient y accéder. Les familles et proches des arrivants, ne pouvant contenir leur émotion sont accourus de leurs tentes pour se hisser devant les portes. Ce qui se comprend facilement quand on saisit toute l’importance que représente un tel événement à leurs yeux, après tant d’années de séparation et de déchirement.
Sur le tarmac de l’aéroport, l’on s’agite dans tous les sens. L’impatience est montée d’un cran. Progressivement, les familles faisaient leur entrée dans le hall de l’aéroport. Les agents de l’ONU ne parvenaient plus à retenir les journalistes. L’avion se pose. La vingtaine de séquestrés ( ils étaient 21 individus en provenance de Tindouf à bénéficier de cette première opération) descend. Les yeux commencent à larmoyer. Les visages, crispés au début, se détendent. Sitôt les formalités du voyage terminés, accolades, embrassades et chaleur des retrouvailles ne semblaient avoir de cesse. Les you-yous de joie ne semblaient se taire que pour être relayés par d’autres expressions de bienvenue et de congratulations. Une profusion de sentiments conviviaux emprunts de chaleur qui reflètent éloquemment l’attachement aux valeurs familiales ancrées dans les moeurs marocaines. Une joie à laquelle les employés du HCR, qui supervisaient l’opération, assistaient avec grande satisfaction. Une joie qui en dit long sur le ridicule d’un conflit aussi artificiel que tragique pour bien des familles sahraouies. Dans leurs déclarations, les séquestrés étaient unanimes quant à leur joie de pouvoir, enfin, rompre avec des années d’éloignement de leur terre, de leur pays. Certains, dont une femme courageuse, ont d’emblée fait part de leur souffrance dans les camps de Tindouf, formulant l’espoir de voir perdurer cette initiative. Tous sauf un, qui s’est mu en chef du groupe et qui s’est mis, comme s’il était envoyé spécialement afin de gâcher cette véritable fête, à proférer des déclarations d’ordre politique, séparatiste.
Une provocation face à laquelle les autorités marocaines sont restées sereines. Dénonçant cet acte pour le moins déplacé, le but de cette initiative étant strictement humanitaire, le gouverneur chargé de la coordination avec la MINURSO, Hamid Chabar a précisé que telles déclarations constituent une infraction à l’arrangement passé entre le Maroc et le HCR. Le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) n’a pas manqué, le même vendredi, de mettre en garde contre tout incident qui risque de remettre en cause cette opération, dont il pilote le déroulement. Vers 12h, il ne restait plus personne, aussi bien dans l’enceinte de l’aéroport qu’à l’extérieur. Personne, excepté les Marocains et Marocaines qui devaient à leur tour, se rendre chez leurs parents et proches à Tindouf. Même émotion, même attente. «Toute la famille, ma mère, mes frères et soeurs, mes oncles et tantes. J’ai toute ma famille là-bas. je ne les ai encore jamais vus. Dieu seul sait comment je me sens en ce moment», déclare Meriem el Boudani qui fait partie du groupe devant se rendre dans au Sud de l’Algérie. Assez pour dire que le plus important, et au-delà de toute provocation, était de permettre à des familles longtemps déparées de se retrouver. C’est désormais chose faite.

• DNES à Laâyoune
Tarik Qattab
[email protected]

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