L’affaire des jeunes «sataniques»

«J’atteste qu’il n’est d’autre divinité qu’Allah, que Mohammed est son Envoyé et que Satan est l’ennemi de Dieu». C’est ainsi qu’a répondu un des musiciens de Hard Roch accusé de satanisme devant les juges quand la question sur sa foi lui a été posée. Une déclaration qui a ébranlé, mardi après-midi, les quatre coins de la salle d’audience n°4 de la chambre correctionnelle près le tribunal de première instance de Casablanca-Anfa.
Les interrogatoires des douze jeunes musiciens, du propriétaire et du gérant de deux cafés à Casablanca («Chez l’Egyptien» et «Goulou Goulou») ont été entamés dans une atmosphère suffocante. La salle était archicomble au point que des membres des familles des jeunes musiciens et leurs amis sont restés dehors. A signaler qu’une dizaine d’avocats et des représentants des médias, y compris une équipe de la chaîne de télévision française France 2, ont suivi, debout, la séance qui a duré sept heures.
L’assistance est restée bouche-bée devant les réponses des jeunes musiciens qui niaient appartenir à «la secte satanique». La question «sur quelle base la brigade nationale les a accusés d’ébranlement de la foi d’un Musulman ?» leur a hanté l’esprit, puisqu’elle n’a pu y trouver de réponse. Certes quelques uns des douze jeunes musiciens ont reconnu devant le tribunal être des passionnés de la musique Hard Rock et Black Métal, qu’ils ont participé à divers concerts organisés par des associations et par la FOL (fédération des oeuvres laïques), qu’ils se réunissent dans les cafés « Chez l’Egyptien» et «Goulou Goulou», qu’ils portent des tee-shirts noirs, portant les signes «pentagramme» et la croix antéchrist (croix renversée) et des crânes, qu’ils disposent de statues de cobras et de crânes en plastique. Mais ils affirment ne pas croire au satanisme. C’est une sorte d’imitation ni plus ni moins.
Quelques uns des douze jeunes musiciens ont reconnu avoir constitué des groupes musicaux de Hard Rock, comme Nekros (la cellule morte), Reborn (Renaître) et Infected Brain (cerveau pourri). «Ce sont des noms de groupes musicaux qui expriment la pourriture qui ravage la société», répond l’un des musiciens à une question du tribunal. «Nous chantons pour la paix…», renchérit un autre.
Le propriétaire du café «Chez l’Egyptien» a affirmé au tribunal qu’il connaissait la plupart des jeunes musiciens portant des tee-shirts noirs. «ce sont des clients, ni plus ni moins, et je ne sais rien de la secte satanique», a-t-il ajouté. De son côté, le gérant du «Goulou Goulou» a nié fermement connaître les jeunes musiciens. Pourquoi donc les avoir arrêtés ? s’interroge un avocat lors de sa présentation des requêtes pour vice de forme. « Notre génération était passionnée d’Abdelhalim Hafez et de Nass El Ghiwane et ces jeunes adorent le Hard Rock et le Black Metals», souligne-t-il avant de révéler les différentes irrégularités qui ont entaché la procédure; Et en conséquence, la défense à requis la levée de l’état d’arrestation et l’annulation des procès verbaux. Sur ces requêtes, le tribunal a tranché, après délibération, en attestant l’inexistence du flagrant-délit et la légalité de la prolongation de la durée de la garde-à-vue et l’adjonction de la requête concernant la perquisition au fond de l’affaire.
Des associations et l’Organisation Marocaine des Droits de l’Homme étaient présentes. «Nous assistons à ce procès en tant qu’observateurs et nous n’avons pas jusqu’à maintenant pris de position…Nous avons, bien sûr, constaté des irrégularités au niveau de l’enquête policière surtout à propos de la manière dont ces jeunes ont été arrêtés…», a déclaré à Aujourd’hui Le Maroc, Moulay Ahmed Douraïdi, représentant de l’AMDH. Vers 22h00, et sur demande du substitut de procureur du Roi, le tribunal a reporté, le procès à l’audience du vendredi prochain sans accorder la liberté provisoire aux jeunes musiciens.

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