L’amour suicidaire

«Une fille est morte, il y a un instant». C’est la seule phrase qui a été prononcée par le médecin de permanence à l’hôpital, à l’adresse du policier à l’autre bout du fil. Il était 20 h passées, en ce jour du mois de mai 2004, quand plusieurs policiers de la sûreté de Ben M’sik-Sidi Othmane se sont dépêchés, une fois alertés, à l’hôpital. Laïla était âgée de dix-huit ans. Sa mère était déjà sur les lieux, pleurant hystériquement.
Les enquêteurs ont appris que la mort n’était pas naturelle. A-t-elle trouvé la mort suite à un accident de la circulation? ou bien a-t-elle été poignardée par un malfrat ? Ni l’un ni l’autre. Le médecin s’est présenté devant les enquêteurs, précisant que la jeune fille a été transportée à l’hôpital alors qu’elle était déjà décédée. Il leur a précisé que l’examen du corps a révélé qu’elle ne portait ni blessures, ni ecchymoses, ni égratignures. Il a ajouté qu’elle n’était plus vierge depuis longtemps et qu’elle était enceinte. De plus, selon le médecin, il semblerait que la victime ait ingurgité du poison. Bref, la jeune fille se serait suicidée dans des circonstances indéterminées. Sa mère, les larmes aux yeux, accompagnée d’une jeune fille a révélé la raison de ce drame. “C’est Saïd qui est derrière son suicide“, accuse-t-elle. Pourquoi ? Laïla entretenait une relation avec lui depuis trois ans. Sa mère lui demandait de rompre avec lui. “Tu n’as aucun avenir avec ce type“, lui répétait-elle tout le temps. Laïla lui expliquait qu’ils s’aimaient mutuellement et qu’il se débrouillait pour gagner sa vie. Mais sa mère lui répondait à chaque fois qu’il n’avait pas de situation stable qui lui permettrait d’assurer leur vie et la protéger des aléas. En revanche, Laïla était très éprise et n’a jamais pensé un instant à rompre. Si bien que la mère a décidé de réagir. Elle a recouru à son époux pour le mettre au courant de la relation de sa fille avec ce chômeur. Hors de lui, le père l’a violentée à maintes reprises. Mais en vain. L’amour l’incitait à défier tout le monde, même ses parents. La mère a précisé aux enquêteurs que Saïd s’était présenté, il y a trois mois, devant elle et son époux, pour leur faire part de son intention de se marier avec leur fille. Ils ont refusé.
Devant l’insistance de leur fille, ils ont fini par céder, non sans demander qu’il soit accompagné la prochaine fois de ses parents. Les traditions l’exigent. “Ma mère refuse que je me marie avec Laïla et elle ne veut pas m’accompagner“, affirme-t-il. Ils lui ont demandé de ne revenir chez eux qu’une fois ses parents d’accord.
Il fallait attendre ce jour pour qu’il téléphone à la mère, déclare-t-elle, pour l’aviser que sa fille a ingurgité un raticide. Qui l’a alerté, lui ? C’est l’amie de Laïla. Cette dernière a précisé aux enquêteurs qu’elle était au courant de la relation amoureuse entre Saïd et Laïla, qu’elle savait que son amie partageait le même lit avec Saïd comme son épouse, qu’il l’avait déflorée depuis belle lurette, qu’elle était enceinte. Elle a ajouté aux enquêteurs que la défunte s’était adressée à elle après avoir ingurgité le poison, et lui avait raconté s’être disputée avec son amant qui lui a tourné le dos . Laïla ne voulait plus vivre et elle a acheté un raticide à 20 dirhams pour mettre fin à sa vie.
Arrêté, Saïd a reconnu avoir une liaison avec Laïla. Mais il a nié l’avoir déflorée. “Elle n’était pas vierge quand nous avons eu notre première rencontre intime“, dit-il aux enquêteurs. Il a expliqué que la mère de la défunte était au courant de leur relation et qu’elle l’avait sollicité à maintes reprises de rester avec sa fille chez elle. Quand il a téléphoné à son amante, la dernière fois, sa mère lui a expliqué qu’elle était absente depuis trois jours et lui a demandé de l’aider à la retrouver. Il l’avait croisée par hasard et s’apprêtait à la ramener à la maison. Sauf qu’elle lui a exprimé qu’elle ne voulait plus retourner chez elle. Aussitôt, il a démarré son vélomoteur pour renter chez lui et ce, jusqu’à ce qu’il soit contacté par l’amie de son amante qui lui a appris la sinistre nouvelle. Saïd a été traduit devant le juge d’instruction près la Cour d’appel de Casablanca.

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