L’an I d’une revolution sociale

L’an I d’une revolution sociale

Le Maroc du Roi Mohammed VI a donc osé, osé mettre à plat un texte de 1957 toiletté en 1973 et qui était une législation du passé d’un autre siècle et d’une autre société aussi. Le Royaume vient d’appréhender de façon franche directe, sans artifices ni moyens dilatoires un dossier central pour tous les Marocains, père, mère, enfants et collatéraux, à savoir la loi sur la Famille. Oui, il s’agit bien de cette institution et non plus de la Femme. Désormais l’épouse, la mère ne sont plus des personnes vivant pratiquement sous serre, coupées de leur environnement; bien au contraire, elles seront les principaux acteurs de la cellule familiale. Comment ne pas relever d’abord cette nouvelle approche qui tourne le dos à la courte vue – où l’on isole artificiellement les problèmes – et qui prend désormais en charge toute une méthodologie globale portant sur des faits sociaux que nous traînions comme des boulets, sans trop savoir comment continuer à les “gérer“ au plus près, sans faire de vagues… Or, le torrent était là et risquait de tout fragiliser sur son passage: la condition féminine était catastrophique et devait être revue et corrigée en profondeur non pas dans l’abstrait, mais en l’insérant de manière conséquente dans le Maroc que nous voulons. C’est là le débat de fond, souvent escamoté, sur les implications du projet de société que l’immense majorité des Marocains, attendait, espérait en secret, s’en remettant depuis toujours, quand l’essentiel national est en cause, à son Guide suprême. D’aucuns estimaient pourtant qu’il n’y avait rien d’urgent et que l’on pouvait continuer à en parler – tradition bien de chez nous – sans rien entreprendre de significatif en la matière. N’était-ce pas d’ailleurs cette même posture, faite d’attentisme et de rhétorique réformatrice dans les enceintes publiques et les colloques, qui nous a fait rater tant d’opportunités de développement que ce soit dans l’éducation ou le tourisme, pour ne citer que ces deux secteurs? Pareille règle de conduite se bornait à des retouches par-ici, par-là, surdimensionnées dans un discours qui se voulait volontariste et qui n’était en fait que l’expression de l’indolence et de l’immobilisme. Nul doute que depuis longtemps, le Souverain avait en tête ce grand chantier. Depuis quatre ans, il a pu voir quels étaient les processus sociaux en marche, quelles dynamiques les conduisaient et quelles arrière-pensées les imprégnaient. Il a alors veillé à ne pas suivre «l’air du temps » que tentaient de faire prévaloir certaines composantes de la société pratiquant un « intégrisme» pseudo-moderniste voire même laïcisant. Dans le même temps, il ne pouvait prendre à son compte les positions d’arrière-garde d’un establishment à références religieuses se posant comme le gardien de l’orthodoxie. S.M. le Roi Mohammed VI, en tant qu’Amir Al Mouminine, a des compétences propres qui lui sont confiées par ce statut – Il a tenu à le rappeler à l’ensemble des membres des deux Chambres du Parlement. La réforme qu’il a décidée s’inspire fortement de la religion mais sans s’y cloîtrer; elle se fonde également sur l’ancrage à la modernité. Et précisément cette vision-là qui donne sa véritable dimension à l’Islam, religion de justice et d’équité, ne pouvait que promouvoir et enraciner la nouvelle Moudouana sur des principes fondamentaux : l’égalité entre l’homme et la femme au sein de la cellule familiale mais aussi dans l’unicité de l’âge du mariage. Le nouveau régime du divorce érigé en droit partagé, le rééquilibrage des relations conjugales qui permet à la femme – elle aussi – de demander le divorce judiciaire, sans oublier tout le reste. Telle la défense du droit à la paternité, le régime régissant la gestion patrimoniale, l’équité dans l’héritage au profit des enfants nés du côté de la mère, ou encore la reconnaissance des droits de l’enfant. C’est tout le centre de gravité de la société qui est ainsi réajusté dans le sens d’une libération mettant fin au carcan répressif de textes et de pratiques dépassés. Une révolution sociale est en marche qui est en phase avec les profondes mutations du Maroc d’aujourd’hui. Sans rien renier des valeurs de notre identité la plus profonde, elle nous fixe désormais le bon cap pour la réalisation d’un projet de société qui doit être exemplaire par son authenticité, sa modernité et sa capacité de mobilisation de toutes les potentialités dont celles de la femme marocaine. Désormais, l’on ne peut plus revenir en arrière: alors, préparons-nous, par une adhésion sincère et collective à cette loi salvatrice, capable de doubler notre capacité à nous placer rapidement sur l’orbite du développement durable, hommes et femmes unis dans le même destin.

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