Le corbeau et la Salafiya

Tribunal de première instance de Chefchaouen. Le procureur du Roi a reçu, dernièrement, une lettre anonyme. Quand il l’a ouverte, il a commencé à la lire attentivement. A chaque ligne, il écarquillait encore plus les yeux. Devait-il croire ou non ce qu’y était écrit ? Tout est possible. Un procureur du Roi doute de tout et ses soupçons ne se dissipent qu’une fois l’enquête arrivée à une conclusion convaincante. Sinon, il n’hésite pas à donner ses instructions pour une enquête plus approfondie. Il a donc continué à lire cette longue missive anonyme qui affirmait que «cinq personnes se réunissent presque quotidiennement chez (…) pour apprendre le Coran et les Hadiths …Ils font tout pour passer inaperçus». Les actes terroristes qui ont secoué, vendredi 16 mai, Casablanca, sont encore dans tous les esprits. Et les adeptes de La Salafiya Jihadia, le courant intégriste impliqué directement dans ces évènements sanglants, courent toujours à droite et à gauche. Personne ne sait au juste combien ils sont. Le procureur du Roi près le tribunal de première instance de Chefchaouen n’arrive pas à détacher ses yeux de la lettre. «Les cinq personnes en question appartiennent au courant de La Salafiya Jihadia… Dans leurs réunions, ils parlent de Jihad…Ils excommunient toute la société sans exception…Leur projet est d’arriver à constituer un Etat islamique au Maroc… Ils ont salué les actes terroristes perpétrés à Casablanca et s’apprêtent à commettre des actes similaires à Chefchaouen…», affirme la lettre anonyme. Aussitôt, le procureur du Roi a donné ses instructions pour l’ouverture d’une enquête. Les investigations ont été entamées en mettant les cinq personnes signalées par la lettre anonyme sous contrôle. Rien n’est remarqué. Ce sont des pères de famille qui passent leurs journées à gagner leur pain quotidien avant de retourner chez eux. Certes, ils sont amis. Seulement, ils ne se rencontrent, le plus souvent, qu’au café. Et jamais à la maison. Ils ne portent ni barbes, ni tenues. Seraient-ils déguisés en «personnes normales» ? Les enquêteurs se souviennent des kamikazes qui ont perpétré les attentats terroristes de Casablanca. Ils s’étaient vêtus de pantalons et de chemises après avoir abandonné leurs vêtements «afghans» et s’être rasés la barbe avant de prendre la destination des cinq cibles visées. Les cinq personnes dénoncées ont été arrêtées et soumises à interrogatoires. Leurs déclarations ont démenti les allégations contenues dans la lettre. Pourquoi donc ont-ils été dénoncéss et qui a tenté les mouiller dans cette sale affaire ? En outre, l’auteur de la lettre a précisé qu’un certain F.A, était la seule personne qui a refusé de participer à ces actes terroristes et qu’il était prêt à coopérer avec les enquêteurs. Une relecture de ce passage a permis aux enquêteurs de demander aux cinq jeunes hommes s’ils connaissaient un certain F.A. Ils ont répondu par l’affirmative. «C’est une personne qui nous déteste et avec laquelle nous avons des problèmes», dit l’un des cinq jeunes hommes. Une réponse confirmée par les autres. Et F.A a été conduit au commissariat de police pour rédiger des phrases sur un papier. Et c’est la surprise. Son écriture ressemble à s’y méprendre à celle de la lettre anonyme. D’une question à l’autre, il a fini par avouer qu’il voulait mouiller ses cinq ex-amis dans une grande affaire et les voir jetés en prison. Mais c’est lui qui a été arrêté et emprisonné en attendant son jugement pour outrage à la police judiciaire.

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