Le droit à la différence

En donnant corps à l’Institut royal de la culture amazighe, S.M. Mohammed VI confirme sa volonté de promouvoir tout se qui est susceptible d’enrichir et de valoriser le patrimoine national . Longtemps marginalisé pour différentes raisons, pour la plupart fallacieuses, un large pan de notre identité culturelle retrouve aujourd’hui un début de réhabilitation à travers la formation de la Commission provisoire qui a pour mission première de proposer au souverain les membres du conseil d’administration de l’institut et de prendre toutes les mesures administratives et financières nécessaires au démarrage de ses activités.
L’initiative royale constitue,à n’en pas douter,une mesure politique. Car pour prendre cette décision il a fallu surmonter une multitude d’appréhensions qui interdisaient toute volonté de favoriser l’émergence d’une culture nationale autre que celle qui nous a toujours bercé,celle d’une arabité exclusive assimilée volontairement à un nationalisme étroit clanique et réducteur. Il fallait donc faire l’impasse sur ces craintes intéressées, sécuriser les parties qui sincèrement développaient des réserves et surtout déjouer les manoeuvres des tenants d’une politique politicienne qui diabolisaient toute tentative visant à corriger une aberration pour permettre à notre pays de bénéficier de l’apport de l’ensemble de ses composantes socio-culturelles.
L’enjeu, on l’a compris,est de taille. Car, à cette dimension politique majeure,viennent se greffer une multitude de calculs économiques extrêmement importants. Pour s’en rendre compte, il suffisait de faire un tour à Derb Omar, notre «City» à nous, la vraie bourse de valeurs de Casablanca et l‘indicateur le plus fiable de l’état du commerce et des finances du pays. Dans ce havre du négoce en tout genre, se côtoient allégrement fassis et soussis, de gros calibres soucieux de défendre leurs intérêts par les liens indéfectibles du gain et de la prospérité. Pour vous dire que quand il s’agit de monter des affaires juteuses l’aspect ethnique du partenaire disparaît comme par enchantement ?
De même,quand il s’agit de combiner des alliances politiques ce distinguo n’a plus cours. Alors trêve de plaisanterie. La promotion de l’amazeghité, dans toute sa richesse et avec l’ensemble de ses composantes historiques et sociologiques,ne présente aucune menace pour l’intégrité politique et géographique du Maroc. Les craintes sécuritaires,souvent avancées par une frange de notre classe politique ne sont pas justifiées. La constitution du Maroc interdit d’ailleurs tout regroupement partisan sur une base tribale ou ethnique,ni même religieuse.
Notre pays est riche par sa diversité. Il franchit avec la création de l’Institut royal de la culture amazigh une nouvelle et importante étape dans la voie de la promotion des droits de l’Homme,à travers la modernisation des structures de l’Etat et en luttant contre les déséquilibres qui lestent son développement et l’instauration d’une véritable justice sociale.

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