Le Maroc intéresse la Wallonie

Le Maroc intéresse la Wallonie

ALM : Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à choisir le Maroc invité d’honneur des 80èmes fêtes de la Wallonie ?
Jean-Claude Van Cauwenberghe : Les fêtes de la Wallonie ont l’habitude d’accueillir chaque année un invité d’honneur. Il s’agissait souvent de régions comme le Québec ou la Louisiane. L’année passée, c’étaient deux pays de l’Europe centrale et orientale, la Roumanie et la Pologne qui seront d’ailleurs, dès le 1er mai 2004, nos partenaires au sein de l’Europe élargie. Cette année, il fallait que nous équilibrions nos rapports et que nous invitions un pays du Sud, pour montrer que, selon la formule de Jacques Chirac, ce n’est pas parce qu’on a abattu des murs à l’Est qu’on ne doit pas créer des ponts au Sud. Et le pays qui s’imposait était le Maroc, et ce pour deux raisons différentes. La première est en relation avec la communauté marocaine qui vit en Wallonie et qui est la plus importante en nombre. La seconde se rapporte aux relations commerciales et économiques réelles qui lient notre région au Maroc notamment à travers un accord de coopération signé en 1999. Lors d’une mission officielle que j’ai personnellement menée à Rabat et durant laquelle j’ai été reçu par le Premier ministre marocain, j’ai formulé le voeu de voir le Maroc invité d’honneur de nos fêtes annuelles, chose que les responsables marocains ont accepté avec enthousiasme.
Sur le plan économique, que représente le Maroc pour la région de la Wallonie ?
Le Maroc est un partenaire parmi d’autre. Ce n’est pas évidemment le partenaire officiel, vous vous en doutez bien. Nos grands partenaires sont les pays immédiatement voisins comme l’Allemagne, la France, la Hollande vers qui 80 % de nos exportations se dirigent. Dans le continent africain, le Maroc est notre deuxième partenaire. Mais avec les liens culturels qui nous unissent, la pratique du français notamment, ces échanges sont amenés à se développer, dans un sens comme dans l’autre. L’invitation du Maroc en est justement une occasion idéale comme le montre l’accord de partenariat qui a été conclu entre l’Union wallonne des entreprises (UWE) et la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM). Cet accord stimulera certainement les échanges entre les entreprises notamment sur le plan de la formation et des échanges de technologie. Vous savez, c’est par petits pas que les échanges commerciaux se développent. L’intérêt wallon pour le Maroc est grand. La présence de nos entreprises dans les domaines des travaux publics et de l’habitat en est la preuve. Ces échanges ne peuvent à mon avis que se développer, sur la toile de fond des visites, de plus en plus régulières, échangées entre le Maroc et la Wallonie. L’objectif est qu’au terme de toutes ces rencontres, nos échanges s’intensifient, non seulement sur les plans économique et commercial, mais aussi humain. Vous savez, je n’ai jamais pensé que les rapports entre les peuples se résument en des exportations d’oranges d’un côté et d’importation de matériels informatique de l’autre. C’est à mon avis la meilleure façon de faire connaître le Maroc, qui, il est vrai, est déjà connu à travers la communauté marocaine installée en Belgique, mais qui est représenté différemment quand ce sont les Marocains du pays qui viennent.
Sur le plan politique, quel poids cette communauté peut-elle justement avoir ?
Si vous voyez l’évolution de nos instances politiques, conseils communaux ou provinciaux il y a maintenant cinq ans, il y a de nombreux élus d’origine marocaine. Nous avons vraiment vécu une explosion de représentativité de Belges d’origine étrangère. Pour l’instant, nous sommes à ce stade-là. Nous aimerions bien sûr que le droit de vote soit octroyé dans l’avenir plus largement aux concitoyens qui vivent chez nous et qui sont originaires d’autres pays. Aujourd’hui, ces derniers n’ont pas le droit de choisir leurs représentants s’ils n’ont pas la nationalité belge. L’intégration des communautés d’origine étrangères est bien réelle, notamment dans la vie politique, économique, culturelle, sociale et sportive. Mais un pas sera franchi quand le droit de vote leur sera accordé.
Vous pensez que ceci va être possible et quand?
Certainement pas pour les échéances électorales régionales de juin prochain. Le temps nous est trop court pour l’instaurer à cette date. Les discussions sont en cours pour les élections municipales de 2006. c’est là le premier enjeu. Il ne faudrait pas chercher à brûler les étapes. Il faudrait que la population belge l’accepte petit à petit. Je ne vous mentirez pas en vous disant qu’un front d’opposition et de xénophobie n’existe pas. Mais je pense que des manifestations comme celle de ce week-end réunissent les meilleures conditions de communication et d’acceptation de la réforme.

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