Le «piège» de la liste nationale

«Nous n’avons pas eu droit à la décision. La liste nationale a été ramenée par les femmes pour renforcer le pouvoir discrétionnaire des hommes. C’est un coup à la démocratie et à l’espoir», affirme, scandalisée, une femme militante au sein du Mouvement Populaire (MP) depuis des années, préférant garder l’anonymat. D’autres, en revanche, ont décidé de réagir au grand jour pour prendre à témoin le grand public. C’est ainsi que Aïcha Narjan, plasticienne de son état, militante, au sein du MP depuis les années 90 et vivant actuellement dans la ville de Dakhla témoigne : «je m’exprime en tant que citoyenne, militante de la société civile et non pas comme une personne engagée. Je suis une patriote et je tiens absolument à la préservation des intérêts de mon pays. Alors comment concevoir qu’une femme qui doit se représenter, vive à Las Palmas. Une ancienne traîtresse à la nation, affiliée au polisario, qui pour des raisons personnelles revient au pays. Certes, le Maroc a pardonné, je n’ai pas de préjugés vis-à -vis de la personne. Mais qu’elle n’intègre pas le Parlement et à la tête de la liste féminine d’un parti».
Toutefois, auprès du mouvement populaire, on continue à affirmer que la sélection de Guejmoula Bent Abi s’est effectuée en concertation avec la commission des femmes membres du parti, les concernées rétorquent que le choix les a sidérées. A en croire certaines, «la liste nationale s’est faite à la maison autour d’un méchoui». D’autres vont plus loin et affirment que : «la liste nationale a été instituée comme instrument du pouvoir masculin». Pour sa part, Malika Snoussi candidate à la ville de Khémisset, affirme qu’ «il y a une injustice. Pour arriver à la liste nationale, nous avons travaillé près de 16 ans. Je mène actuellement campagne et les problèmes les plus importants restent pécuniaires. Hormis le fait que pour la majorité des citoyens une femme ne peut rien faire, j’ai financé la campagne précédente par un crédit personnel».
Les militantes revendiquent une certaine reconnaissance du parti pour lequel elles ont fait des concessions, d’autant plus que pour une femme, la difficulté réside dans son statut de «minoritaire» au sein des formations politiques.
Alors lorsqu’on écoute Haja Zrouala raconter son périple dans le militantisme, on avouera que peu d’hommes se donnent autant de moyens pour enraciner un parti dans des communautés «enclavées». Haja se présente sous l’étiquette du Mouvement Populaire à Belksiri, près de Souk Larbâa, elle s’exprime : «lorsque j’organisais pour le compte du parti des meetings, j’attirais près de 1000 personnes. Le bureau, je l’installais sous un arbre. Je suis une femme du monde rurale et je mène campagne avec très peu de moyens. J’ai été étonnée de voir que sur la liste j’occupe la seconde place et que la présidente de la commission féminine du parti arrive après moi». Si logique il y a, c’est celle de l’imprévu. Finalement, en politique, la rationalité n’est guère de mise.

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