Le travail des enfants pénalisé

Il est devenu du quotidien sinon de coutume de voir des enfants, garçons ou filles, s’a donner à des besognes plus grandes que leur âge que ce soit dans des ateliers, dans les maisons, dans les rues et les boulevards. Nécessité oblige disent les uns, l’école ne fait produire que des sans-métiers, répliquent les autres. Ce phénomène, qui est cruel à l’égard des enfants et constitue une insulte à la dignité de la personne humaine, a pris une grande ampleur. Il est massif par ses dimensions, corrosif et fatal par ses conséquences. Aujourd’hui, le nouveau code du travail protège cette frange de la société contre l’exploitation. Désormais, le fait d’employer les enfants exposerait à des pénalités, voire même à des peines d’emprisonnement. Mais, qu’en est-il sur le terrain ? Plusieurs enquêtes, menées dans ce sens, ont montré que les enfants sont souvent mis au travail à un âge très jeune et que peu d’employeurs respectent les conditions d’emploi prévues dans les textes. Selon les dernières statistiques, le nombre des enfants travailleurs de moins de quinze ans s’élève à 500.000 enfants, dont 12 % de moins de dix ans, ces enfants vont désormais pouvoir être scolarisés puisque plus de 90% du territoire national est pourvu d’écoles. En 1999, le ministère de l’Emploi, de la Formation professionnelle et de la Solidarité, avec l’appui du Bureau international du travail dans le cadre du programme international pour l’abolition du travail des enfants (BIT/IPEC) a mené une enquête qui a porté sur un échantillon de 3.500 enfants de moins de 15 ans travaillant dans différents secteurs, agriculture, élevage, tapisserie… Cette enquête a révélé que 96 % des enfants travailleurs vivent dans des conditions socio-familiales difficiles et que 80 % ne sont pas scolarisés. La même étude a montré que 52 % travaillent plus de cinquante heures par semaine. De même, 52 % de la population, touchée par les enquêteurs, perçoit une rémunération inférieure au SMIG, alors qu’un tiers, en fait 31 %, considérés comme des apprentis, ne touche aucun salaire. Et si 60 % sont exposés dans leur travail à différents accidents et problèmes, épuisement musculaire et osseux ainsi que de graves lésions, aucun d’entre eux ne bénéficie d’une assurance contre les maladies ou les accidents du travail. L’enquête a également montré que seuls 4 % des enfants qui travaillent, dont 12 % de moins de 10 ans reçoivent un véritable apprentissage. Mais en réalité cet apprentissage n’est qu’une autre forme d’exploitation. Si ces 500.000 enfants prennent le chemin de l’école, ce sont 500.000 opportunités d’emploi qui vont être à la disposition des adultes, étant donné qu’un enfant qui travaille prend la place d’un adulte. Dans les faits, cette enfance fragilisée et socialement défavorisée handicape l’avenir du pays, en hypothéquant les chances d’insertion et de réussite sociale. Avec comme conséquences, l’aggravation du chômage et de la délinquance. Les statistiques de l’Institution nationale de solidarité avec les femmes en détresse (INSAF) montrent que la majorité des mères célibataires et des prostituées sont d’anciennes petites bonnes. Cet état de faits pénalise et condamne, au-delà des individus, toute une génération privant le pays de potentialités futures. Les lois, aussi draconiennes soient-elles, ne pourraient pas à elles seules mettre un terme à ce phénomène. Il faut dire que la généralisation de l’enseignement des enfants âgés de six ans, la sensibilisation sur la protection de l’enfance et la lutte contre la pauvreté et l’analphabétisme demeurent les facteurs déterminants pour mettre un terme à l’emploi des enfants dans toutes ses formes. La place de l’enfant est à l’école, et non dans les rues, exposé à toutes les dérives.

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