Les détenus islamistes se rebiffent

Les détenus islamistes se rebiffent

Le calme semble régner dans la prison d’Outita II. Les dizaines de détenus islamistes qui y sont incarcérés ont finalement suspendu leur grève de la faim qu’ils observaient depuis le 10 décembre 2004. Le 29 du même mois, Assia El Ouadiaâ, qui dirige l’observatoire marocain des prisons s’était rendue auprès des détenus pour les convaincre d’arrêter leur grève de la faim.
« Après sept heures de négociations, El Ouadiaâ n’a pas réussi à gagner la confiance des détenus », affirme Abderrahim Mouhtade, président de l’association Annasir, nouvellement créée par les familles des détenus, pour défendre les droits des islamistes emprisonnés dans le cadre de la loi antiterroriste. A l’issue de la réunion du 29 décembre, Assia El Ouadiaâ a promis aux grévistes de soumettre leurs doléances au ministère de la Justice pour en finir avec cette crise. « Vu que la présidente de l’observatoire tardait à revenir et que les prisonniers observaient toujours leur grève de la faim sous des conditions de détention abominables, les membres de l’association ont décidé d’organiser un sit-in devant Outita II, le 5 janvier 2005 », a expliqué Mouhtade.
Le but de ce sit-in était double: « attirer l’attention des plus hauts responsables du pays sur les conditions inhumaines de détention qui règnent à Outita II » et « faire pression sur la direction de cette prison pour que les détenus recouvrent leur dignité ». Le 5 janvier, Assia El Ouadiaâ était sur place. Trois membres de l’association Annassir, un responsable à l’Administration pénitentiaire et Assia El Ouadiaâ se sont réunis avec sept représentants des grévistes. Les négociations ont duré plus de six heures. Résultat : la direction d’Outita II a promis d’améliorer les conditions de détention des islamistes. Ainsi, la qualité de la nourriture sera nettement améliorée.
Trois médecins seront engagés par la prison : un généraliste, un psychologue et un dentiste. En plus d’un infirmier permanent. Par ailleurs, les détenus auront désormais droit à deux heures de promenade par jour (une heure le matin et une heure le soir). Auparavant, cette promenade ne durait qu’un quart d’heure par jour, avec une interdiction de sortie le samedi et le dimanche.
Des couvertures et une douzaine de plaques chauffantes seront également distribuées aux prisonniers. En fait, « les détenus ne demandaient pas de privilèges particuliers, ils exigeaient qu’un minimum de décence », affirme Mouhtade. Toutefois, la revendication concernant la révision des procès a été écartée. C’est une question politique avant tout qui nécessite beaucoup plus de temps. En tout cas, les détenus ont stoppé leur grève de la faim. Sur les 340 détenus que compte la prison Outita II, 200 environs étaient concernés par cette grève.
Pour rappel, la prison Outita II se trouve à quelques centaines de mètres de la prison agricole Outita I.
Nouvellement construite, cette annexe est exclusivement réservée aux détenus islamistes condamnés dans le cadre de la loi antiterroriste. Ces derniers l’ont rebaptisée « Guantanamo marocain ». Outita II se trouve à 35 km de la ville de Sidi Slimane et pour y accéder il faut passer par une piste d’environ 3 km.
Aujourd’hui, « certains détenus d’Outita II ont manifesté leur intention de poursuivre en Justice le directeur de la prison ainsi que le chef de détention, un certain Allal, pour torture », assure Mouhtade.
Après avoir réglé, en partie, le problème des détenus islamistes de la prison d’Outita II, l’association Annassir compte ouvrir un autre dossier plus épineux où il s’agit de la prison civile de Salé. En effet, Mouhtade assure que « non seulement les détenus mais également leurs familles subissent d’énormes désagréments » dans prison slaouie.

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