Les meurtriers cupides

Mardi 1er août 2000. 8h du matin. Un double meurtre horrible a fait l’écho à Casablanca. Il a été perpétré dans l’agence de la BMCI, Sidi Maârouf I, située à la rue Farouk Rahali donnant sur boulevard Aba Chouâïb Doukkali, quartier Sidi Maârouf I. Les victimes sont la caissière, Âtika Lagzouli, quadragénaire, et la femme de ménage, Ijjou Barchil, quinquagénaire. Les deux familles sont en deuil et reçoivent les condoléances. Le chef de la police judiciaire de Derb Soltan-El Fida épaulé de ses éléments est sur les lieux du crime en cours d’effectuer le premier constat d’usage et de collecter les premiers éléments des investigations.
Les badauds qui s’attroupent autour de l’agence parlent surtout de la caissière.“ Le voilà son époux, ils viennent de se marier“ dit l’un à l’autre en lui indiquant Hicham, trente ans, chauffeur de petit taxi, brun, de taille moyenne, aux traits tirés par sa sérénité et son sérieux.
Il a fait la connaissance d’Âtika en 1999. Bien qu’elle est son aînée de onze ans, il l’a demandée en mariage. Personne ne sait pourquoi. Mais ce qui est sûr, c’est que ce n’était pas une question d’amour. Elle a refusé. Mais leur relation a persisté. Il lui a proposé une fois encore le mariage. Elle a accepté. Ils avaient déjà une première expérience du mariage. Seulement il en est sorti avec un enfant, alors qu’elle, elle est stérile.
Le 2 juillet 2000. Ils ont convolé en justes noces. Il l’a accompagnée à son appartement, au n°23, rue 5, quartier Sidi Maârouf VI.
Dix jours plus tard, Hicham rencontre son ami Khalid qui demeure au deuxième étage de la demeure mitoyenne de l’agence BMCI, Sidi Maârouf I. Ce jeune photographe de vingt-huit ans, d’une belle taille et d’une digne et grave allure lui a filmé les cérémonies de la nuit de noces. D’un mot à l’autre, Hicham lui plaint son mauvais choix.“Je ne devais pas me marier avec elle, je veux sincèrement me débarrasser d’elle et à n’importe quel prix“, lui affirme-il. Khalid lui propose son aide.“Je vais penser comment faire“, lui dit Hicham avant d’aller chez lui.
Dimanche 30 juillet 2000. 20h 15mn. Hicham et Khalid s’attablent au café Liège. Hicham explique et Khalid écoute attentivement.“Âtika dispose ces jours de la clef du coffre qui renferme quotidiennement une somme de cinq à huit millions comme elle m’a dit. Tu la tues et tu cambrioles le coffre..et on partage par la suite…D’accord“,lui dit-il.“D’accord » répond Khalid avec un sang froid comme s’il se prépare à l’une des plus faciles des tâches dans sa vie.
Le jour J arrive. 6h15mn du matin. Khalid, armé d’un couteau, descend de son domicile, attend à l’autre côté de la rue, ses yeux fixent la porte de la BMCI. 6h40mn. La femme de ménage, Ijjou arrive, déverrouille la porte et entre. Khalid la surprend, la saisit par son tablier et lui assène quatre coups mortels. Il la tire vers les toilettes et se cache derrière une porte à l’intérieur. 8h sonne. Âtika pousse la porte et entre. Khalid la tire vers lui. Des coups de couteau lardent son corps. Elle s’effondre. Khalid prend la clef, tente d’ouvrir le coffre. En vain. Il la jette et sort sans attirer l’intention de personne. Il arrive près de l’école El Kadi Ayad, jette son couteau derrière un mur. Le soir, il rencontre Hicham, lui relate en détail les faits de son double crime, son échec à ouvrir le coffre et lui demande de lui verser huit mille dirhams en contrepartie. Hicham lui demande de ne plus le contacter qu’après le classement du dossier. Seulement la police n’a fermé les yeux qu’après les avoir arrêter un mois plus tard.

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