L’expérience du vétéran

ALM : Quel commentaire vous inspire la situation politique actuelle du Maroc ?
Abderrahmane El Kouhen : La situation est assez confuse. On n’imagine pas que dans un pays de 30 millions d’habitants, il y ait 30 partis politiques. Tout cela, c’est beaucoup trop pour un pays où l’on parle de 50% d’analphabètes et même de 75% à la campagne, 6 millions de pauvres qui vivent avec 10 dirhams par jour. Un monde rural dans une situation assez précaire, surtout après plusieurs années de sécheresse. L’horizon est, disons, assez gris. Mais, c’est également un pays où l’attachement à la famille est très fort et où il y a une profonde croyance en Dieu. Tout cela stabilise un pays, et donne une confiance et de l’espoir. Et d’abord de l’espoir en ce jeune Roi, que l’on sent vouloir faire énormément de choses. Mais il lui faut quand même être aidé par les partis politiques, les différentes organisations non gouvernementales et la société civile. Vous n’avez qu’à relire tous les discours-programmes qu’il a fait depuis son intronisation.
Vous venez de dire qu’il y avait trop de partis au Maroc et pourtant vous êtes à la tête d’une nouvelle formation politique. N’y a-t-il pas là une contradiction ?
Il s’agit de faire une nuance, parce que je n’ai pas fondé de parti. Et, d’abord, un rappel : nous avons quitté le RNI, d’ailleurs à regret, parce que c’est notre maison, que nous avons bâtie, sur des bases saines, dans un esprit démocratique. Malheureusement, ces valeurs se sont estompées, jusqu’à un moment où l’on a senti que l’on étouffait dans sa propre maison. Alors, nous sommes partis. C’est ensuite que tout ceux qui ont quitté le RNI sont venus me demander avec insistance de prendre la tête du Parti de la réforme et du développement. Et en treize mois, nous avons fait énormément de choses. Mais il reste beaucoup à faire.
Quelle sont les ambitions du PRD?
Comme son nom l’indique : réformer et développer. En juin 2001, nous n’avions même pas pensé aux élections. Et c’est le ministère de l’Intérieur lui-même, qui avait refusé de nous donner le reçu de dépôt de nos statuts, qui nous a informé de l’existence d’un projet de loi stipulant que les partis politiques qui ne participent pas aux élections pendant deux législatures sont rayés de la carte. Donc, nous avons été obligés de « plonger ». Et je peux vous dire que présenter 66 têtes de listes sur 91 et une liste nationale de 30 femmes (médecins, avocats, cadres de l’administration…), c’est une gageure. Mais nous sommes quand même assez contents d’être parvenus à ce résultat. Combien aurons-nous de sièges ? nous verrons cela le 28 septembre !
Et au niveau économique, quelles seraient vos intentions ?
Il faut créer et répartir de la richesse. Et il faudrait que l’Etat donne l’exemple en investissant dans les grands travaux qui puissent absorber le maximum de main-d’oeuvre : routes, ponts, écoles, hôpitaux et barrages. Pour encourager l’investissement privé, il faudrait d’abord simplifier l’administration, tuer la corruption, assainir la justice. Il faudrait également prendre un certain nombre de mesures en ce qui concerne la fiscalité et le foncier. Nous avons beaucoup de terrains, mais ils sont très dispersés.
Pourquoi alors ne pas créer une banque de terrains où s’adresserait toute personne qui voudrait faire un investissement et qu’on lui donne des terrains viabilisés à des prix raisonnables.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *