L’université au service du développement national

Le Maroc comme tous les pays en voie de développement est amené à s’intégrer dans le nouveau système mondial qu’est la mondialisation. La maîtrise de la technologie et des sciences reste le moyen le plus efficace pour relever tous les défis que cela entraîne: concurrence, mise à niveau….
L’université marocaine est donc appelée à jouer un rôle moteur dans l’acquisition et l’adaptation des technologies modernes, par l’innovation et la création de nouvelles filières d’enseignement et de formation, bien ciblées et répondant aux besoins de l’économie nationale. Malheureusement, quand on regarde l’état actuel des choses, on ne peut qu’être déçu par le système universitaire, par ses filières de formation et ses critères de sélection. Ce qui est mis en cause, c’est tous le système éducatif, les mentalités et les habitudes sclérosantes.
Essayons de voir où se situent les grandes lacunes:
– En premier lieu ,à mon sens, dans le manque d’une vraie stratégie, c’est-à-dire que les objectifs qu’on veut atteindre à l’aide de notre système éducatif ne sont pas clairs. Comme les objectifs sont mal définis, les procédures utilisées et les moyens disponibles sont certainement mal exploités :
1) En Malaisie par exemple, l’objectif fixé par l’état est que le pays devrait être parmi les pays industrialisés du monde d’ici l’an 2015. En fonction de cet objectif, toute l’infrastructure de base a été revue y compris l’enseignement, ce qui a amené ce pays par exemple à introduire la technologie dès l’école primaire.
2) Dans l’état du Bahreïn, la stratégie choisie a fait que 70% des élèves du secondaire s’orientent vers un enseignement technique et professionnel, seulement 30% suivent un enseignement général. Au Maroc l’enseignement technique ne représente que 5%. .
– Le débat sur le système éducatif engendre des questions qui dépassent le cadre pédagogique, tout le monde est donc concerné par la problématique de l’éducation et de la formation à savoir les entreprises, les collectivités locales, les établissements professionnels, l’état et la société civile.
– Un autre grand point faible à souligner même s’il est directement lié au manque de stratégie cité plus haut, est la place accordée à l’éducation et à la formation dans le plan du développement national global.
– L’autre faiblesse, qui est de taille, est que toutes les ressources matérielles et culturelles dont dispose le pays ne sont pas mises à profit pour amener le système éducatif marocain à l’excellence. Une comparaison entre l’école américaine, allemande et japonaise réalisée lors d’une étude récente a fait ressortir des conclusions qui justifient parfaitement ceci, à savoir le rôle capital de la culture nationale dans la performance :
– contrairement à ce qu’on croit, l’utilisation de la technologie dans l’école japonaise n’est que de 6%, alors qu’elle est de 50% dans l’école américaine et de 36% dans l’école allemande,
– le degré de participation ainsi que les interventions des élèves pendant la séance du cours est presque égal à zéro dans l’école japonaise,
– le nombre d’élèves dans l’école japonaise est de 50 par salle, il est de 28 par salle dans l’école américaine.
Toutes ces données ne reflètent en rien un enseignement de qualité tel qu’il est habituellement connu et l’étude de conclure que la culture nationale japonaise et les valeurs ancestrales de l’enfant jouent un rôle essentiel dans l’acquisition des connaissances. C’est ce qui explique le grand respect des japonais pour le savoir et le travail bien fait, à l’origine de leur réputation dans l’industrie électronique et mécanique.
Parlons maintenant plus exactement du domaine des sciences et des technologies. Les jeunes ont besoin des capacités scientifiques et techniques certes, mais c’est une science concrète qu’il faut leur enseigner, très différente de celle qui leur est offerte aujourd’hui. Pierre de Gennes prix Nobel de physique en 1991, dans un article intéressant sur l’enseignement des sciences en France et comme on va le voir, ce qu’il dit s’applique parfaitement au cas du Maroc, écrit  » Dans notre enseignement, l’initiation aux sciences est entièrement dominée par les mathématiques, tournées de plus en plus vers l’abstraction. On développe chez le jeune le sens de la déduction logique, on ignore complètement l’habilité manuelle, l’acuité visuelle, le sens de l’observation et l’intérêt pour le monde physique qui l’entoure. En somme, on surestime l’intelligence des élèves par les mathématiques. Il est très souhaitable pour les étudiants de savoir que la virtuosité à manier les équations se vérifie dans le passage au concret. L’ignorance de la réalité aboutit à de graves distorsions.
Alors que la réforme de l’enseignement supérieur au Maroc est en train de passer à une étape supérieure à savoir la proposition des nouvelles filières d’enseignement et ce dans le cadre de la nouvelle architecture adoptée lors des journées pédagogiques organisées dernièrement par le ministère de l’enseignement supérieur à Marrakech, nous pensons que dans l’université le mot innovation devra être l’un des mots clefs de la réforme. Il faut des filières attractives qui permettent de déboucher sur les nouveaux métiers et qui nécessitent la maîtrise des nouvelles technologies.
L’université doit savoir s’adapter à ces nouvelles tendances en proposant une gamme de formations performantes tant au niveau des enseignements qu’au niveau du matériel mis à la disposition des étudiants.
Outre les connaissances techniques et de spécialisation, l’université devra dispenser au jeune diplômé une formation aux réalités économiques de l’entreprise, une formation de base aux ressources humaines et à la gestion, c’est à dire toutes les connaissances qui vont lui permettre une meilleure insertion au sein d’une équipe et ce sur le plan comportement et celui des aptitudes, et qui sont les armes de tout candidat potentiel à l’emploi.
Cette ouverture de l’université sur son environnement socio-économique devra se traduire par une grande importance à donner aux stages au sein des entreprises permettant ainsi aux étudiants de compléter leur cursus par une formation sur le terrain, et par l’implication d’industriels dans l’enseignement. Mais pour ce faire, nous devrions avoir le courage d’éliminer les filières qui ne font que perpétuer la médiocrité, d’encourager les filières qui permettront aux étudiants d’être compétitifs sur le marché de l’emploi car aujourd’hui, pour avoir un emploi, il faut d’abord une bonne formation.
Pour réaliser cela, disons que ce n’est pas les volontés ou les compétences qui manquent, ce qui manque ce sont les moyens et un environnement scientifique adéquat et motivant.

• Professeur Ahmed Aït Hou
Faculté des sciences et techniques -Errachidia

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