L’USFP, un «appareil» orphelin de l’horizon politique

L’USFP, un «appareil» orphelin de l’horizon politique

En politique, «l’organisation» ou le «Tandim» dans le jargon apparatchik demeure le déterminant principal du projet de société et du référent idéologique qui l’oriente. Du fond d’un bagne, pendant que la jeunesse battait le pavé à Casablanca pour imposer ses revendications, des condamnés à mort, tels Omar Bendjelloun, élaboraient «le mémorandum organisationnel» dans l’esprit de «l’option révolutionnaire»  qui dénonçait l’indépendance avortée. Devant l’éclatement de l’UNFP et ses enjeux immunitaires, il était question de concevoir un parti de masse et d’avant-garde capable d’organiser l’alternative à une souveraineté mal négociée. Cette orientation a connu trois étapes : d’abord 1959 et l’installation de la gauche marocaine dans la continuité de la lutte nationale, ensuite 1975 et la stratégie de la lutte démocratique, enfin l’entrée de l’opposition parlementaire dans le gouvernement de 1998. Cette participation a biaisé «le processus démocratique» de l’aveu même de Abderrahmane El Youssoufi, l’ingénieur de l’alternance. Des scissions ont marqué l’USFP entre 1983 et 2001-2002 pour avoir anticipé les conséquences de cette participation, amenant les dissidences (PADS-CNI-PSU) au combat unitaire pour une opposition démocratique. La participation de l’USFP au gouvernement de 2002, dirigé par un technocrate, a compliqué la faisabilité du renouveau considérant qu’elle reste inexplicable vu le résultat des urnes, le bilan des politiques publiques, la non plénitude de l’institution exécutive et son caractère administratif, l’hétérogénéité de l’équipe gouvernementale et le vœu des Tihadis à franchir «le pas en arrière». Aussi a-t-on observé les alliances contre nature tantôt conservatrices tantôt islamisantes dans l’unique objectif de se maintenir dans une représentativité sans influence sur le cours du pays et des ménages, défiée par 80% de Marocains lors des échéances de 2007 et 2009. Ainsi se dégage l’impression que notre vie politique se résume à la chronique interne d’un parti unique, ses combinaisons d’appareil et ses petites phrases, dans lequel nos «partis» dits représentatifs seraient de simples courants bénéficiant d’une assise électorale mise à leur disposition par les relais de la féodalité. Cette puissante structure envahit les strates de l’ordre institutionnel pour taire l’érosion de la souveraineté économique et l’asservissement des ressources humaines en maintenant les agrégats sociaux en état. Telle la SFIO (Section française de l’internationale ouvrière) qui avalait ses couleuvres alors que l’alternative à sa gauche se dessinait, l’USFP aux côtés des autres courants du «parti unique» cautionnerait par omission le néo-colonialisme et la distorsion sociale en affichant un hermétisme douteux vis-à-vis de son propre camp et de sa conscience. Pour avoir une visibilité en l’attente d’un nouvel horizon pour l’USFP, faudrait-il se saisir de la configuration dans laquelle se distingue le champ politique réel du virtuel. Le premier affiche l’écart de «l’Etat équipementier» avec les conditions sociales qui plombent une population résignée et majoritairement influencée par l’islamisme ; le second véhicule un pluralisme de façade dont les acteurs sont unis autour d’un même agenda qui s’exécute en dehors des institutions sans être amendé ou discuté. C’est à partir de cette dichotomie que l’USFP devra faire un choix qui le sortira de ses hésitations : assumer son nouveau rôle d’apparat ou franchir le pas de la démarche unitaire avec la gauche qui construira la voie alternative au néocolonialisme et au conservatisme. Le débat organisationnel qu’envisage l’USFP ne peut donc intervenir qu’à la condition préalable d’une ligne stratégique ou du moins tactique. Les questions pertinentes seront alors posées, notamment celle du profil organique alternatif aux notabilités électorales qui sont en faveur de l’ancrage du parti dans la représentation virtuelle ou celle de la réactivité des structures par rapport à l’actualité pour laquelle le parti affiche une inertie complète. Toutefois l’absence d’une ligne n’exclut pas la nécessité de résoudre les contradictions du moment, à savoir la sécularisation des typologies constituantes de l’USFP, les opportunismes qui s’expriment en absence d’intérêts collectifs, les voix convergentes vers telle ou autre orientation, etc. La rencontre de l’USFP aurait donc un sens par l’apport d’une solution méthodique quant à la régulation du débat sur l’adoption du choix politique que les structures et les militants devront défendre au sein de la société et en prévention de toute forme d’adversité. Lorsque le mouvement savait ce qu’il voulait, le «mémorandum organisationnel» avait opté pour «le centralisme démocratique» à l’instar des expériences socialistes, qui est un pacte de confiance basé sur la clarté des objectifs et des moyens. Dans le besoin d’une trajectoire pour le parti et en rupture avec les dérives du modèle centraliste, «les courants» restent la forme la plus adéquate pour clarifier les thèses en concurrence et permettre l’émergence de blocs homogènes de militants. En effet, organiser les hommes sans avoir d’objectif politique est une volonté de gagner du temps en faveur de l’immobilisme…une approche sécuritaire approuvant le contrôle par la corruption, une méthode adoptée par les Etats en incapacité de tracer un destin national.

  Me Omar Mahmoud Bendjelloun

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