Maha, l’énigme des frères kamikazes

Maha, l’énigme des frères kamikazes

Dimanche après-midi, près de 24 heures après les explosions de l’avenue Moulay Youssef. Quelques éléments de la police quittaient les lieux, la rue 29 donnant sur le quartier Béni M’Guild où les sapeurs-pompiers avaient afflué quelques instants plus tôt pour une brève intervention. C’est au numéro 188 que résidaient les frères Omar et Mohamed Maha, nés dans ce quartier où leur père, Abed, originaire de Tiznit, s’était installé, il y a plus de trente ans. Mohamed, 32 ans, et Omar, 23 ans, n’ont pas été loin dans leurs études. Ils ont continué à vivre dans les deux pièces situées sur la terrasse de la maison n°188 en compagnie de leur père, un retraité. Mais aussi de l’une de leurs deux sœurs et de leur belle-mère. Leur génitrice, atteinte de troubles mentaux, était séparée du paternel. Dans leur quartier, Omar et Mohamed n’ont jamais attiré l’attention, étant toujours discrets et occupés par les petits métiers qu’ils avaient fini par exercer. Mohamed vendait de la marchandise de contrebande dans les parages de la Kissaria "Heffari", au moment où Omar imprimait des emblèmes et inscriptions sur des vêtements de sport à 1 DH la pièce.
Des intégristes ? Les réactions de leur entourage restent mitigées. Mohamed, depuis quelques mois, montrait plus d’assiduité dans l’accomplissement des cinq prières et se faisait plus réservé. Sans plus. Omar, lui, n’a donné de signes d’engagement religieux que plus récemment. Des jeunes du quartier affirment même que ce dernier était toujours porté sur les comprimés hallucinogènes, quelques doses de "Maâjoune" et prisait du tabac assez régulièrement. Omar était d’ailleurs «diminué» par la perte d’un oeil, suite à un accident de jeux d’enfants. Il était victime de sa propre sœur.
Un garçon de café, qui partageait la même terrasse du numéro 188, affirme n’avoir rien remarqué d’"anormal" dans leur comportement. Ils avaient d’ailleurs continué à exercer les mêmes activités jusqu’à la veille des explosions qui allaient leur coûter la vie sur l’avenue Moulay Youssef à quelques secondes d’intervalle et face à la stupeur générale. Gardaient-ils les explosifs chez eux, au quartier Béni M’Guild ? Tout pousse à affirmer le contraire puisque des témoins disent les avoir revus juste quelque temps avant les explosions de samedi matin. L’hypothèse la plus avancée est qu’ils seraient passés ailleurs pour s’armer de ceintures explosives. Leur sœur, jeune femme célibataire qui partageait le même gîte, n’a pas pu fournir de renseignements. Arrêtée le même samedi, elle a fini par être remise en liberté. Mohamed et Omar n’avaient d’ailleurs jamais quitté leur quartier. Ils ne s’étaient même pas éclipsés quand la police a intensifié sa traque des cellules terroristes de Casablanca. Ils ne figuraient d’ailleurs pas sur les listes des terroristes ou suspects recherchés par les services de sécurité.
Pur hasard ou fait planifié, les deux frères s’étaient retrouvés, lors des dernières semaines, seuls en présence de leur sœur. Leur belle-mère se trouvait, depuis deux mois, chez sa famille à Marrakech. Leur papa, las de journées passées entre le domicile et le café, était parti chercher du travail du côté de la région de Mohammédia depuis un mois. Une connaissance lui avait confié un café à gérer. Les frères kamikazes n’ont pas encore livré tous leurs secrets.

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