Misère et adultère

Chambre correctionnelle près le Tribunal de première instance de Kasbat Tadla. Le président de tribunal, suivi de deux assesseurs, du substitut de procureur du Roi et du greffier, entre dans la salle d’audience. «Mahkama !» (la Cour !), crie l’agent du tribunal. L’assistance se lève pour se rasseoir par la suite. Aussitôt, le président ouvre le premier dossier. « Dossier n°(…)Fatna Bent(…) », lance-t-il en direction du banc des accusés. Une belle femme, la trentaine, se lève et s’avance, à pas lents, vers le box des accusés. Les yeux baissés, elle se tient debout devant le tribunal. À ce moment, le président appelle Saïd, la trentaine, qui traîne aussitôt ses pas vers le box, décline son identité et sort attendre en dehors de la salle d’audience. « Tu es accusée d’adultère », lance le président du Tribunal à Fatna. Elle s’est tenue coite, sans dire un mot. Et s’est contentée de fixer des yeux le président. Ce dernier lui a demandé de répondre. Et elle a balbutié : « Non, je suis innocente… ». Le président a consulté le dossier et levé les yeux vers elle, lui rappelant qu’elle a confirmé, devant le procureur du Roi, lors de sa présentation devant le tribunal, avoir trahi son mari. Elle n’a pu répondre cette fois et a baissé ses yeux une fois encore. Fatna et Saïd sont mariés depuis une dizaine d’années. Ils s’aimaient avant leur mariage. Et après? personne ne sait au juste. Leur recours à la justice confirme que leur couple bat de l’aile. Depuis quand? C’est son départ vers l’Espagne, il y a trois ans, qui a ébranlé cette relation qui a été égayée par trois enfants. Depuis, Saïd reçoit des informations faisant état que son épouse s’adonne à la prostitution. Au début, il n’a pas pu en croire ses oreilles. «Ce sont des prétentions… des médisances… La mère de mes trois enfants ne peut me trahir », a-t-il pensé. Seulement, sa mère a fini par le convaincre quand il lui a parlé la dernière fois au téléphone. Aussitôt, il a regagné sa ville après trois ans d’absence. Il n’a informé personne de son arrivée. Chez lui, il n’a trouvé que ses trois enfants. Et sans perdre de temps, il s’est lancé, accompagné de son frère, à la recherche de son épouse. Deux heures plus tard, ils l’ont surprise dans une maison close en train de recevoir des clients. Perturbée, elle est restée bouche-bée. Son mari ne lui a rien dit. Il s’est contenté de s’adresser à la police judiciaire pour porter plainte. Elle a été arrêtée. Fatna a reconnu devant la police et devant le procureur du Roi que l’absence de son mari en Espagne l’a jetée, elle et ses trois enfants, dans la misère et l’indigence au point qu’elle ne trouvait pas parfois de quoi les nourrir. « Ma famille et ma belle-famille m’ont tourné le dos, nous laissant à notre propre sort… », a-t-elle ajouté à la PJ et au procureur du Roi. Au fil des jours, elle s’est livrée à la prostitution pour gagner son pain. Des arguments rejetés en bloc par la défense de Saïd. Ce dernier a livré à la PJ et au procureur du Roi des reçus attestant le virement de sommes à son épouse et à ses trois enfants, tout au long de ses années à l’étranger. Etait-ce insuffisant ? «Oui, Monsieur le président», a-t-elle balbutié devant le tribunal. Une réponse qui n’a pas permis à son avocat de plaider non coupable. Et de requérir les circonstances atténuantes pour sa cliente. Contrairement au substitut de procureur du Roi qui, lui, a requis la peine maximale, selon les dispositions de l’article 491 du Code pénal qui stipule que : «Est puni de l’emprisonnement d’un à deux ans toute personne mariée convaincue d’adultère. La poursuite n’est exercée que sur plainte du conjoint offensé. Toutefois, lorsque le mari est éloigné du territoire nationl, la femme qui, de notoriété publique, entretient des relations adultères, peut être poursuivie d’office à la diligence du ministère public». Après délibérations, le Tribunal a jugé Fatna coupable d’adultère et l’a condamnée à un an de prison ferme après lui avoir accordé des circonstances atténuantes.

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