Monde arabe : L’avenir en question

De la Mauritanie au Pakistan. Vingt deux pays ayant comme dénominateur commun l’Islam, ont dépêché, le 11 décembre 2004, à Rabat, leurs ministres des affaires étrangères et ceux des finances pour discuter avec leurs partenaires de l’Union européenne, de l’Union du Maghreb Arabe, de la Ligue arabe et du Conseil du Golfe. En plein débat sur la légalité de l’intervention américaine en Irak et sur l’avenir de la Palestine post Arafat, un tel événement pouvait difficilement passer inaperçu. Nombreux au Maroc et dans le monde arabe, les adversaires du forum ont fait entendre de la voix toute les semaines précédant la rencontre. Le choix du lieu n’est pas un hasard. Le processus démocratique au Maroc, solidement enclenché, est un cas rare dans le monde arabe. Les partisans de ce forum étaient naturellement nombreux dans le royaume.
Dans un pays où les partis politiques et la société civile ne ratent aucune occasion pour s’exprimer, ce forum a beaucoup d’adversaires, à l’image de la Cellule marocaine contre le Forum de l’avenir (CMCFA), laquelle dénonce «un projet impérialiste et réactionnaire». Ce conglomérat de partis politiques ratisse large, de la gauche radicale au parti de la justice et du développement, en passant par l’Association marocaine des droits de l’homme et des ONG dont Transparency Maroc.
Mais l’objet du sommet était ailleurs. Le soutien des états concernés aux réformes proposées apporte une garantie suffisante pour la réussite sinon la survie de ce vaste projet. Les initiateurs avaient déblayé le terrain d’avance.
Pour prévenir les éventuels désistements, Israël n’a pas finalement été convié. De son côté, l’Iran n’a pas souhaité prendre part à un processus initié par l’Oncle Sam.
Organisé conjointement, par le G8, les Etats-Unis et le Maroc, l’événement s’est finalement déroulé sans anicroche.
On n’assistera pas à un deuxième remake du sommet de La Baule, en 1989, quand François Mitterrand, du haut de son perchoir, admonestait ses pairs africains, leur appelant la nécessité de démocratiser leurs régimes.
Réputé modéré, le secrétaire d’Etat américain Collin Powell, qui a fait lecture de toutes les réticences et de toutes les craintes de changement des uns et des autres, est venu à Rabat ouvert à toutes les propositions. Il en allait de la survie de ce vaste projet de partenariat pour le progrès et l’avenir en commun initié lors du sommet du G8 de Sea Island, en juin 2004. Car des réticences, il y en avait beaucoup. Pas seulement de la part des états arabes. La France qui ne souhaitait pas que le forum soit institutionnalisé a obtenu gain de cause.
L’ordre du jour, quant à lui, n’a souffert d’aucune contestation. Outre «les moyens de consolider l’engagement des pays de la zone en faveur du progrès et de la démocratie», et d’autres thèmes comme l’octroi des micro-crédits et la création d’un banque du développement, il y avait beaucoup de voeux. L’Occident voulait participer au développement de la zone Mena de manière plus directe. Au delà de cette solidarité, il y avait surtout le péril terroriste. Une guerre qui ne se gagne pas sans développement économique et sans un climat propice pour les affaires.
Pour l’essentiel, les USA se sont engagés à aider les pays de la région, lesquels, en retour, exigent de faire évoluer leurs trains de réformes suivant leurs spécificités. Ce sera le continu de la résolution finale, laquelle a nécessité, pour sa rédaction, d’âpres débats. Mais l’essentiel est là, en deux phrases: toute réforme politique dans le monde arabe doit émaner de l’intérieur. La résolution du conflit israélo-arabe est indispensable pour la réussite de la réforme. Cela a été suffisant pour que la fin de ce forum le fasse ressembler à une rencontre amicale entre partenaires de toujours. La montagne n’aura pas accouché d’une souris, puisque les deux parties se sont données rendez-vous à Bahrein en 2005. Entre-temps, le Caire doit abriter une réunion préparatoire, nécessaire pour aplanir les vues.

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