On lui a taillé un bon costard

On lui a taillé un bon costard

Marié ? C’est la question qu’Aïcha a lancée avant de baisser sa tête et la mettre entre les paumes de ses mains. Son époux, Mohamed, se tenait devant elle sans ajouter le moindre mot.
D’abord, c’est lui-même qui lui avait reconnu avoir une deuxième épouse plus jeune qu’elle. Un instant plus tard, elle a levé sa tête et l’a scruté de haut en bas pour l’accuser de menteur. Il est sorti sans lui répondre. Aïcha s’est réfugiée dans un coin de sa chambre, les larmes aux yeux. Les questions bouillonnaient dans son cerveau. Est-il vraiment marié avec une autre femme ou mentait-il ? Pourrait-il l’abandonner avec ses cinq enfants ? Oublierait-il en un instant les seize années qu’ils avaient vécues sous le même toit au quartier Sidi Moumen, à Casablanca et se remarier sans l’aviser et sans avoir son accord?. Tout est possible. Elle est à son trentième printemps et elle avait suivi les débats sur le nouveau code de la famille à travers les médias au point qu’elle est devenue consciente de ses droits et ses obligations. Elle est convaincue qu’il ne pouvait pas se remarier sans avoir recouru à une ruse. Car le code de la famille l’interdit inconditionnellement.
Les absences successives de son mari ont enrichi ses soupçons. S’il n’est pas marié à une autre femme, où passe-t-il ses nuits ? Pourquoi ne s’intéresse-t-il plus à ses cinq enfants ? Pourquoi donc tous ces changements en moins de quatre mois ? Quand le mari est rentré à la maison, elle lui a demandé la vérité. “je dis la vérité et voilà mon acte de mariage avec l’autre femme“, lui affirme-t-il sans vergogne et sans prendre en considération le mal qu’il lui fait. Elle fondit en larmes et a commencé à lui reprocher sa « traîtrise ». Il ne lui a pas répondu, mais il a claqué la porte derrière lui. Aussitôt, elle s’est levée pour ouvrir l’armoire et prendre un document, elle a mis sa djellaba avant de sortir. Elle marchait rapidement et ne s’est arrêtée qu’une fois devant la porte du commissariat de police de Sidi Moumen. Le policier qui se tenait devant la porte lui a indiqué un bureau.
Elle y est entrée pour se présenter devant un policier en tenue civile. Sans lui laisser le temps de l’interroger, elle lui a remis le document qu’elle avait pris de l’armoire. Il l’a lu attentivement avant de lever sa tête vers elle. “C’est ton acte de mariage ?“, lui demande-t-il. Elle lui a répondu affirmativement. Mais, le policier ne savait pas ce qu’elle voulait de lui, il lui a demandé des explications. Et elle lui a répondu qu’elle s’est mariée avec Mohamed en 1988. Leur foyer s’est égayé de cinq enfants durant seize ans. Seulement, il ne rentre plus chez lui que rarement. Il passe des nuits chez une autre femme. Bref, il s’est remarié sans l’aviser et sans prendre son accord. Le limier a noté ses déclarations et a convoqué le mari.
Ce dernier, tailleur de son état, a reconnu avoir une autre épouse avec laquelle il s’est remarié il y a quelques mois. Il lui a précisé qu’il a avisé sa première épouse, mais elle ne voulait rien entendre. Enfin, il s’est remarié sans son accord. Comment ? Il s’est adressé à l’un de ses amis, un écrivain public, qui l’a mis en contact avec un mokadem et ce après lui avoir rédigé une demande d’attestationdecélibat. Le mokaddem n’a pas hésité à lui remettre l’attestation en question lui permettant de se présenter devant les instances judiciaires en tant que célibataire. Pour quelle contrepartie? Le tailleur a affirmé qu’il n’a pas soudoyé l’agent d’autorité. Ce dernier a également nié avoir reçu le moindre sou, parce qu’il a rendu un service à son ami l’écrivain public.
Enfin, le tailleur, l’écrivain public et le mokaddem ont été traduis devant la Chambre correctionnelle près le tribunal de première instance de Hay Mohammedi-Aïn Sebaâ pour obtention d’une fausse attestation administrative, fausses déclarations et complicité dans l’obtention indûment d’une autorisation administrative confirmant le célibat d’une personne mariée.

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