Papin : «le management est un art»

Papin : «le management est un art»

ALM : Pourquoi certains dirigeants se trouvent incapables de bien gérer leur entreprise ?
Robert Papin : Il y a plusieurs cas. Il y a notamment le cas des dirigeants des grandes entreprises et puis celui des dirigeants des PME. J’insiste sur les problèmes auxquels les deux catégories vont être confrontées, du fait de l’émergence de nouveaux pays comme la Chine ou l’Inde qui maîtrisent maintenant les nouvelles technologies. Ils ont des cadres de bonne qualité et leurs coûts de main-d’œuvre resteront très inférieurs aux nôtres pendant au moins une décennie. Aussi bien les grandes entreprises que les PME vont continuer à être confrontées à une concurrence extrêmement dangereuse. Il est probable que les entreprises vont réagir différemment.
On peut parier que les grandes entreprises vont perdre leur identité nationale pour devenir internationale, afin de pouvoir conquérir de nouveaux marchés, notamment dans les pays émergents. Et pour résister aux faibles coûts de main-d’œuvres de pays comme la Chine, ces grandes entreprises seront obligées de continuer à comprimer leurs coûts et à échapper aux contraintes sociales et fiscales de leurs pays, éventuellement en délocalisant des unités, voire en transférant, purement et simplement, leurs centres de recherche et leurs sièges sociaux dans d’autres pays, et à donner ds responsabilités à des cadres étrangers.

Et quelle sera la réaction des PME ?
En ce qui concerne les PME, la tâche est probablement plus difficile parce que, pour pouvoir résister aujourd’hui, dans un environnement aussi bousculé, il faut être attentif à ce qui se passe dans son environnement. Comme vous le savez, les dirigeants des PME sont confrontés à mille problèmes au quotidien et n’ont donc pas le temps de sortir de leur propre environnement. Et quand ils ont le temps, ils sont confrontés à un autre problème, celui de la nécessité de déléguer des responsabilités à des collaborateurs. Ce qui signifie abandonner une partie de son pouvoir. Et c’est là une tâche extrêmement difficile pour des patrons qui ont été habitués à tout faire eux-mêmes. Et par ailleurs, il faut que les collaborateurs acceptent d’exercer des responsabilités. Ce qui n’est pas évident non plus.

Le dirigeant devrait donc changer de mode de management ?
Il faut en fait proposer aux collaborateurs un grand défi qui les motive, et qui en même temps rapporte de l’argent à l’entreprise. C’est le seul moyen de ne pas être contraint de changer de style de management. Parce que c’est extrêmement difficile pour un individu de changer de style de management. Et parmi les choses motivantes qu’on peut proposer, il y a l’amélioration des services à la clientèle. Rendre service à autrui est en effet motivant pour un collaborateur.

Qu’est ce qui fait d’un dirigeant un bon manager ?
Première remarque, il n’y a rien de nouveau dans le management depuis un millénaire.
Si vous lisez des bouquins sur l’art de la guerre de Sun Tzu, il date de trois mille ans pratiquement, vous allez découvrir que tous les concepts de management y sont déjà. Alors ce qu’on peut dire, c’est qu’il faut des qualités de stratège, de meneur d’hommes et de gestionnaire financier. C’est le pourcentage de chacun de ces trois éléments qui a changé.

Comment faire pour trouver cet équilibre ?
Il n’y a tout simplement pas de recettes. Cela dépend du profil du dirigeant et du secteur d’activité dans lequel évolue son entreprise. Simplement, on ne peut plus se contenter de gérer le quotidien. Parce que vous pouvez très bien avoir un concurrent et vous risquez à ce moment-là, si vous n’êtes pas prévoyant, de disparaître en un instant.

Pourquoi considérez-vous le management comme un art ?
C’est le management des hommes qui est un art. Si votre patron vous considère comme un pion sur un échiquier, et qu’il ne voit en vous que les résultats et non pas les efforts que vous déployez pour les atteindre, vous allez le sentir. Et si vous le sentez, vous ne serez certainement plus motivé. Si on considère les individus comme des pions sur un échiquier, si on pense qu’on peut traiter les problèmes humains de façon intellectuelle, on va à l’échec directement.

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