Six jours en compagnie d’un cadavre

Ahmed est-il un nécrophile, ou un adepte du vampirisme ? Sa famille et ses voisins au bloc 4, quartier Sidi Othman, à Casablanca expliquent qu’il n’a jamais révélé avoir un goût morbide pour les cadavres. Ils se souviennent du jour de sa naissance, il y a quarante et un an. Sa mère et son père étaient fous de joie, bien qu’il n’était pas leur unique enfant. Ils ont essayé de l’éduquer, de l’élever, de lui enseigner les bonnes moeurs. Ils l’ont mis entre les mains des enseignants de l’école du quartier. Mais sa cruauté depuis son enfance les a découragés de prendre soin de lui. Ils ont tenté une première fois et une énième fois.
En vain. Ils ont fini par le marginaliser, et le garder à l’écart.“ Il est paresseux, indiscipliné, indocile, cruel et violent…“ disaient ses enseignants à sa mère lorsqu’elle s’adressait à eux pour s’assurer de sa présence dans la classe. Effectivement, il n’a pas dépassé le niveau primaire pour que la rue lui ouvre ses bras. Tous les ingrédients de la délinquance y existent et sont disponibles gratis. Les difficultés pour apprendre les leçons à l’école ont disparu pour léser la place à une aisance d’accès au vagabondage, aux techniques de la bagarre et du vol, les mauvais comportements…Pire encore, il est devenu un dealer notoire dans son quartier. Il vend du haschisch pour payer sa dose quotidienne de vin, et de comprimés psychotropes…. Il a été mis, à maintes reprises, en taule pour trafic de drogue, et pour coups et blessures. Ses comportements n’encouragent personne à l’approcher et se familiariser avec lui. Même ses parents ne le supportaient plus mais ils gardaient encore de la pitié pour lui. N’est-il pas leur fils ? Il était à son vingt-septième printemps lorsque sa violence et sa cruauté atteignent leur paroxysme; en malmenant mortellement un jeune homme, il écopera de douze ans de réclusion criminelle. En 2000, il retrouve la liberté pour que les circonstances le conduisent à faire la connaissance de Fatima, une fille de son quartier, abandonnée à son propre sort, depuis longtemps par sa famille. Elle a vingt-six ans dont les six dernières années sont passées dans la prostitution. Dotée d’une longue expérience dans les bars du centre-ville de Casablanca, cette charmante brune, aux cheveux avec une coupe de Rastas, est arrivée à maîtriser la profession d’entraîneuse au point qu’elle ne passe pas une nuit sans avoir des bons clients. Elle est devenu la poule aux oeufs d’or pour Ahmed, qui mettait la main dans les poches de sa dulcinée pour prendre ce qu’il veut, au moment qu’il veut. La contrepartie: Elle trouve quotidiennement refuge chez lui, et ne pense plus au loyer.
Depuis le vendredi 29 mars, Fatima ne donne plus signe de vie. Ses amies et ses clients aux bars ne savent pas où elle a disparu, ni pourquoi. Son amant, Ahmed, avait l’habitude de la rejoigndre de temps en temps, dans ces lieux, pour l’emmener chez lui. Seulement, lui aussi n’a plus donné signe de vie dans. Mais ses parents, ses frères et ses voisins le voient et le rencontrent de temps en temps à son quartier alors que Fatima s’est volatilisée. Personne n’ose l’interroger ou demander des nouvelles de sa maîtresse. D’autant plus que, prostituée comme elle est, Fatima n’intéresse personne.
Comme à l’accoutumée Ahmed entre et sort chez lui, il monte chez ses parents pour prendre ses repas et descend les manger tranquillement dans sa chambre. Il ne manifeste aucun changement dans ses comportements. Mercredi 3 avril. Deux heures de l’après-midi. Les parents d’Ahmed débarquent au commissariat de la police, avisent le chef du district d’une tentative de suicide ; Ahmed vient de boire de l’acide sulfurique. Les enquêteurs se dépêchent sur le lieux, appellent la protection civile, entrent dans la chambre où une odeur nauséabonde remplit l’atmosphère. L’un d’eux ouvre les rideaux de la fenêtre, la lumière pénètre et ils font une découverte : le cadavre de Fatima en décomposition avancée, allongé sur un divan. C’est horrible, répugnant.
L’autopsie révèle qu’elle était morte suite à un étranglement, qu’elle n’a pas subi des sévices sexuels. Pourquoi Ahmed l’a tuée ? Avait-il l’intention de la tuer ? Dans quelles circonstances ? Comment a-t-il pu passer tout ces six jours avec un cadavre inerte sans rien faire ? Les interrogations se succèdent sans avoir de réponse jusqu’à ce jour puisque Ahmed ne peut pas parler, il est encore à l’hôpital.

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