Solidarité féminine dans l’impasse, un calvaire pour les mères célibataires

Solidarité féminine dans l’impasse, un calvaire pour les mères célibataires

Un besoin de 600 millions de centimes pour survivre

«Actuellement, nous prenons en charge une quarantaine de mères. Avec la réduction de notre budget, nous n’avons d’autre choix que de réduire cet effectif. Je suis malheureusement contrainte de  travailler selon nos moyens financiers».

L’association Solidarité féminine fait face à des problèmes financiers. La présidente Aicha Ech Chenna ne le cache pas, elle est «inquiète». Chaque année, l’Agence de conservation foncière fait don de 300.000 DH à l’association. Mais ce ne sera plus le cas. «Cette année, l’agence nous a annoncé qu’elle nous accordera seulement 100.000 DH, soit le un tiers du budget», déplore la présidente de l’association. Et d’ajouter: «En apprenant cette mauvaise nouvelle, j’ai pleuré toute la nuit. Je ne m’y attendais  pas. Comment vais-je faire à présent ? Si les bienfaiteurs marocains ne m’aident pas, qui va le faire?». Aïcha Ech Chenna ignore la raison de cette décision.

Il faut rappeler que la situation financière de l’association s’est détériorée depuis le départ des bailleurs de fonds, notamment Internom/oxfam. «Auparavant nous avions l’aide des bailleurs de fonds. Quand il y a eu «le Printemps arabe», les bailleurs ont cessé leur appui et sont partis ailleurs. Ils nous ont clairement fait savoir que nous devions continuer à faire vivre l’association sans leur aide. Certes, il y a des Marocains qui nous font des petits virements spontanés, mais cela ne suffit pas pour faire survivre l’association», explique la présidente de l’ONG.

Chaque année l’association a besoin d’un budget estimé entre 5 millions et 6 millions DH. «Cet argent nous permet tout juste de faire tourner l’association. Il faut payer le personnel salarié, l’assurance des locaux, le cabinet fiduciaire», signale-t-elle. A ces dépenses s’ajoute la  prise en charge des mères célibataires et de leurs enfants. «Le coût de la prise en charge pour chaque duo mère/enfant est de 6.000 DH par mois. Ce montant comprend la crèche, les soins médicaux, la nourriture et les couches pour les bébés, le personnel à payer, les assurances, les bourses pour permettre aux mères célibataires de louer des chambres près du local de l’association. Pour la location d’une chambre dans un taudis à Derb Ghallef, il faut compter entre 800 et 1.000 DH», précise la présidente. Notons que la prise en charge dure en moyenne 

3 ans.

«N’est-il pas mieux de dépenser cet argent pendant 3 ans ? Durant cette période, l’enfant grandit avec sa mère qui apprend à devenir autonome financièrement. Et par la suite, il pourra  retrouver son père, ses grands-parents paternels et maternels. Est ce que cela est trop cher? Alors que la prise en charge d’un enfant qui grandit dans un orphelinat est pratiquement identique. Cela dit, l’orphelin est complètement perdu. Il n’a ni père, ni mère, ni tante, ni oncle. A Solidarité féminine, nous faisons de ces enfants des citoyens», affirme-t-elle avant de signaler : «Dès que les mères quittent l’association et qu’elles parviennent à épargner un peu d’argent, leur premier souci est d’acheter une maison. Cette situation s’explique par le fait qu’elles ont été rejetées par leurs familles et se sont retrouvées du jour au lendemain dans  la rue». 

Auparavant, une cinquantaine de mères célibataires était prise en charge par Solidarité féminine.

«Actuellement, nous prenons en charge une quarantaine de mères. Avec la réduction de notre budget, nous n’avons d’autre choix que de réduire cet effectif. Je suis malheureusement contrainte de  travailler selon nos moyens financiers», regrette Aïcha Ech Chenna.

Rappelons qu’au sein de l’association, les mères bénéficient d’un programme global sur trois ans. Celui-ci comprend des cours d’alphabétisation, des cours de sensibilisation aux droits civiques et des formations professionnelles à divers métiers tels que la couture, la restauration ou la coiffure. Ces formations sont accompagnées d’ateliers pratiques et d’une participation à des activités génératrices de revenus au sein même de l’association qui comprend un restaurant solidaire ouvert au public, un hammam et un salon de coiffure dans lesquels les mères célibataires exercent sous le contrôle de formatrices.

L’objectif étant de permettre à ces mères de devenir autonomes financièrement.

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