Un cadeau très particulier

Berrechid, printemps 2001. Par une belle matinée ensoleillée, la plupart des habitants de Berrechid sont au Souk hebdomadaire. À une centaine de mètres de là, une maison est en cours de construction. À l’intérieur, une chambre particulière, la seule qui est, jusqu’à ce jour, meublée par un petit lit, un divan, une table et un petit tapis. Deux corps s’ébattent sous un drap: Fatiha et Mohamed.
La trentaine, Fatiha est divorcée et sans enfants. Elle occupe une chambre avec voisin à trois cents dirhams par mois. Elle se débrouille toute seule pour vivre.
Comment fait-elle pour avoir de l’argent? On murmure dans son voisinage qu’elle «fait la prostituée». «Sinon, il n’y aurait pas d’autre explication»…
Agé de quarante-sept ans, Mohamed est réparateur d’appareils électroménagers, père de trois enfants, dont l’aîné à dix-sept ans. Il était, avant son mariage, frivole, coureur… Bref, loin d’être un modèle de vertu. Le mariage l’a complètement changé. Il est devenu plus sérieux, pieux et fidèle à son foyer. Mais depuis qu’il a été séduit par Fatiha, il devient fidèle à celle-ci au moins une fois par quinzaine.
«Je ne sais vraiment pas quoi t’offrir en contrepartie de ta générosité avec moi…C’est la première fois de ma vie que je rencontre un homme comme toi…
Hélas, tu es marié… Sinon je ne t’aurais laissé à aucune autre femme», lui chuchote-t-elle, blottie dans ses bras. Il ne répond pas, garde le mutisme et contemple avec fascination ce corps si beau, si mince, si souple… Il l’embrasse sur le front, sur les yeux et ferme les siens. Il se remémore alors leur première rencontre, lorsqu’elle est arrivée chez lui, un mixeur à la main. «Je voudrais que vous me répariez cet appareil». Lui, n’entendait plus rien.
La gorge sèche, il est là, hébété par tant de beauté. Il reste bouche-bée, ne sachant ni quoi faire, ni quoi dire. «Coucou ! Il y a quelqu’un ? lui dit-elle, amusée par l’effet qu’elle provoque. Les mots sonnent comme une symphonie en sortant de cette bouche aux lèvres si voluptueuses et à la dentition éclatante.
-«Que se passe-t-il ?», lui demande-t-elle.
-«Qui, mon coeur?» Elle sourit. «Oh mon Dieu, quel sourire ! quelle belle matinée !».
Lorsqu’elle s’en va, sa démarche chaloupée achève de le faire chavirer. Le coeur de Mohamed bat la chamade, puis finit par s’envoler pour entamer une course-poursuite avec celle qui en est devenue la maîtresse. Le lendemain, Fatiha revient récupérer son mixeur. Mohamed se dit qu’il ne doit pas rater l’occasion, et lui fait part de ses sentiments. Il se sent devenir poète: «Je n’ai jamais vu un ange qui marche, une tourterelle qui parle, une perle d’une telle beauté».
Il lui remet le petit appareil –qui a été à l’origine de leur rencontre – sans accepter le moindre sou. Mais il lui demande un rendez-vous. Fatiha ne refuse pas. Dès la deuxième rencontre, ils deviennent très intimes…
Lui, se montre particulièrement généreux, lui versant des billets bleus sans compter. Fait-il la même chose avec sa famille ? Mais Fatiha, ne se sent pas concernée par cette question.
Début janvier, Fatiha est dans sa chambre. Elle est en train de faire la vaisselle, lorsqu’elle entend des coups frappés à la porte de la chambre mitoyenne. Elle sort et rencontre Fouzia, une jeune fille de quatorze ans.
-«Ta tante n’est pas là, elle est sortie depuis une demi-heure. En attendant son retour, viens t’asseoir chez moi», lui propose-t-elle gentiment. Fouzia entre et s’assoit.
Et soudain, en scrutant cette jeune, si fraîche, Fatiha trouve le moyen de récompenser son amant si généreux. Et d’une pierre elle allait faire deux coups, puisque entre les deux amants, il n’était pas question d’amour, mais uniquement de sexe et d’argent. En jouant les mères-maquerelles, elle allait faire plaisir à Mohamed, mais également obtenir une récompense, un cadeau.
«En attendant que ta tante arrive, viens avec moi… On va téléphoner à un ami», lui dit-elle. Fatiha verrouille la chambre et se rend au publiphone en compagnie de la jeune fille.
«Allo, H’bibi… J’ai un cadeau qui te rajeunira d’au moins dix ans !». Il est environ 17h 30, Fatiha tenant Fouzia par la main, hèle un petit taxi et lui demande de les emmener à la maison de Mohamed qui est en cours de construction.
Elles arrivent, entrent. La porte est ouverte. Comme c’était jour de repos, les ouvriers n’étaient pas là.
Mohamed est là, attendant sa récompense.
Fatiha embrasse son amant, demande à Fouzia d’en faire de même. La fille refuse.
-«C’est bien d’elle qu’il s’agit ? Est-elle au courant de ce qu’on va faire?».
-«Non, mais essaie de la convaincre. Je vais t’aider».
Fatiha ferme la porte de la chambre, déboutonne le pantalon de Mohamed, le lui enlève, lui fait des caresses un peu poussées…. Puis elle se tourne vers Fouzia, essaie de lui ôter son pantalon. La jeune fille refuse, essaie de garder son pantalon en place, et se met à sangloter.
«Mais c’est simple et normal ! Mais de quoi as-tu peur?».
Fouzia résiste, refuse de monter sur le lit, d’enlever ses habits.
-«Laisse-là tranquille !», finit-il par dire à sa maîtresse. Fatiha va au lit, se déshabille, fait l’amour avec Mohamed. La jeune Fouzia est toujours là. Les yeux écarquillés, elle ne peut s’empêcher de contempler cette scène étrange.
De retour chez elle vers 21H00, elle met a mère au courant et celle-ci lui demande de l’accompagner au commissariat pour déposer plainte.
La suite ? Mohamed et Fatiha attendent leur jugement pour attentat à la pudeur, adultère et détournement d’une mineure de moins de quinze ans. Mais l’esprit de la jeune fille est encore hanté par la scène du couple sur le lit.

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