Un café avec… Laïla Ghandi

Un café avec… Laïla Ghandi


ALM : Café ou thé?
Laïla Ghandi : Café noir allongé fel kass.

Etant photographe, la nature de ton travail t’amène à beaucoup voyager et à diversifier tes rencontres. Avez-vous des anecdotes à nous raconter?
En réalité, à l’origine, c’est l’inverse: la photographie a été une conséquence, pas une cause. C’est parce que j’ai été amené à voyager et à rencontrer les cultures et les Hommes du monde que j’ai commencé la photographie. La photographie a été un élan, une évidence, un moyen de raconter, de témoigner, et de partager. Si aujourd’hui et depuis 7 ans déjà, la photographie est devenue mon métier, je n’ai pas pour autant changé ma démarche, d’abord humaine. J’ai souvent autant d’anecdotes que de rencontres. Ramasser la bouse de vache encore chaude, à mains nues, avec une grand-mère sherpa. Chevaucher les steppes mongoles, pendant deux semaines, avec Otrott qui ne parlait pas un mot d’anglais. Fière de demander en chinois un jus d’orange, et le serveur me répond «désolé nous n’avons pas de connexion Internet ici». 53 heures de train dans un wagon surchargé et sans place assise.

Quelle est l’expérience qui t’a le plus marqué dans ta vie?
J’ai toujours eu du mal à hiérarchiser les meilleurs souvenirs, les plus grandes expériences, les plus belles rencontres… Il y en a plein, chacun est différent tout en étant aussi intense.  Mes expériences les plus marquantes sont presque systématiquement liées à des rencontres faites sur la route ou en bas de chez moi. Des personnes qui, des fois même sans le savoir, et des fois sans que je m’en rende compte sur le coup, ont contribué à orienter mes choix de vie. Mais ce qui a le plus marqué ma vie, c’est la fierté de mes parents à mes premières «félicitations» au lycée, à la remise de mon diplôme en Angleterre, aux félicitations du jury à mon Grand Oral de Sciences à Paris, au vernissage de ma première exposition de photographies dans la galerie d’art parisienne… Tous ces moments où mon père m’a dit: «tbarkellah aalik ma fille».

Quel regard portes-tu sur le Maroc d’aujourd’hui, sa jeunesse surtout?
Le Maroc est en mouvement, il se passe plein de choses, à tous les niveaux. Nous vivons une période très intéressante, une vraie phase de transition. J’espère que de cette période naîtra le meilleur et que nous nous orientons vers une société de droit, d’ouverture, et de respect des choix des uns et des autres. La jeunesse du Maroc d’aujourd’hui s’exprime plus que jamais, dans la rue, dans les réseaux sociaux, dans les médias. C’est un indicateur positif qui illustre la libéralisation de la parole individuelle dans les sphères publiques, et avec, de fait, une démocratisation et un accès plus large au débat public. Comme dans toute phase de transition, de rupture, de changement, il y a aussi des contradictions, des paradoxes, des loupés, des rendez-vous manqués, des batailles inutiles, des prises de positions stériles voire contre-productives, des effets d’annonce, des propos populistes, des revendications et des promesses irréalisables…

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