Un fonds spécial pour les victimes de l’arrêt biologique

Un fonds spécial pour les victimes de l’arrêt biologique

Pratiquement un demi-siècle après l’indépendance du Maroc, on parle toujours d’une stratégie pour le secteur de la pêche. C’est une réalité douloureuse pour l’ensemble des concernés, qu’il s’agisse des pouvoirs publics ou des intervenants directs, à savoir les armateurs, les sociétés de congélation ou les marins-pêcheurs.
Sur demande de trois groupes parlementaires, en l’occurrence l’USFP, l’UD et le RNI, le ministre des Pêches maritimes, Taïeb Rhafes, s’est réuni, mardi soir, avec les membres de la commission des secteurs productifs à la Chambre des représentants. Après plusieurs semaines d’attente, les députés ont finalement réussi à rencontrer le ministre.
L’ordre du jour était clair, il peut être résumé en une seule interrogation: « Où va le secteur de la pêche? ».
Lors de son intervention, le président du groupe parlementaire de l’Union démocratique (UD), Lahcen Hasnaoui, a mis en exergue la situation sociale désastreuse des marins-pêcheurs et des unités de congélation du poulpe, à cause de l’arrêt biologique décrété pour huit mois.
Tout en reconnaissant le bien-fondé de la décision de préserver la ressource halieutique, Lahcen Hasnaoui, estime que le gouvernement devait prévoir des mesures de soutien aux 10.000 marins-pêcheurs qui sombrent dans une véritable crise.
La réponse du ministre a été, on ne peut plus crue. Selon M. Hasnaoui, Taïeb Rhafes a certes reconnu que les 10.000 marins-pêcheurs ont souffert de l’arrêt biologique, mais que ce dernier a été décrété pour sauvegarder une ressource qui appartient à 30 millions de Marocains.
La crise des 10.000 marins ne serait en fin de compte qu’un « dommage collatéral » de l’arrêt biologique. Une déclaration qui a le mérite d’être claire.
Pour sa part, Taïeb Mesbahi, qui a pris la parole au nom du parti de l’Istiqlal, a rappelé une tournée effectuée par son groupe dans les différentes provinces du Sahara. Le constat est inquiétant, dit-il. « Dakhla et Boujdour sont des villes complètement sinistrées », assure M. Mesbahi.
Alors que Dakhla produisait l’équivalent de 200 millions de dollars, il y a à peine un an, ce chiffre est passé à 10 millions de dollars, aujourd’hui. D’ailleurs, à la fin de son périple sahraoui, le groupe istiqlalien avait envoyé une missive au ministre de tutelle ainsi qu’au Premier ministre. Dans cette lettre, les Istiqlaliens rappellent bien évidemment les « dommages collatéraux » survenus à la suite de l’arrêt biologique. Mais ils proposent également des mesures concrètes et urgentes. C’est le cas, estime Mesbahi, de l’instauration d’un Fonds spécial pour le soutien des différents intervenants touchés de plein fouet par l’arrêt biologique, notamment les marins-pêcheurs et les sociétés de congélation.
Cette idée a été également soulevée par le groupe de l’Union démocratique. Hasnaoui a par ailleurs soulevé l’affaire de l’accord de pêche avec l’Union Européenne. Il s’est demandé si la non-reconduction de cette convention a eu des effets positifs sur le secteur, les opérateurs et les marins.
Le groupe istiqlalien a aussi proposé au ministre de mettre en service, le plus tôt possible, le port de Dakhla. « La construction de ce dernier a coûté des milliards, mais malheureusement, il est aujourd’hui fermé. Par ailleurs, Mesbahi a insisté sur la place des Sahraouis dans la stratégie du secteur de la pêche, ainsi que la promotion d’une politique d’aquaculture afin de réaliser une multiplication des ressources halieutiques.
En somme, les députés ont insisté auprès du ministre pour qu’une stratégie claire soit adoptée. Toute initiative ministérielle doit être savamment préparée, en concertation avec l’ensemble des intéressés et en faisant fi des intérêts de tel ou tel lobby. Le but est d’en finir avec la visibilité-zéro dans ce secteur qui est, rappelons-le, l’un des plus stratégiques et pourvoyeur de devises pour le Maroc.

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