Un militant s’en va

Un militant s’en va

Abdallah Ibrahim, premier responsable de l’éphémère quatrième gouvernement du Maroc indépendant, est mort dimanche 11 septembre dans son domicile à Casablanca. Il était âgé de 87 ans. Il nous a légué l’image d’un homme discret et mystérieux ainsi que plusieurs ouvrages.
Abdallah Ibrahim est l’un des 68 signataires du Manifeste de l’Indépendance du 11 janvier 1944. Son décès réduit encore davantage la liste des signataires de ce document, encore en vie.
Compagnon de Mehdi Ben Barka, Abderrahim Bouabid et Abderrahman Youssoufi, Abdallah Ibrahim, né à Tamesloht (région de Marrakech), fera ses premières études à l’Institut Moulay Youssef, ce même établissement que hanteront plusieurs figures emblématiques de la lutte pour l’Indépendance dont Fkih Basri.
Plutôt porté sur le travail à l’ombre (Abdallah Ibrahim est qualifié d’idéologue de gauche à l’époque), il sera propulsé au-devant de la scène politique du Maroc nouvellement indépendant quand il sera désigné pour figurer à deux reprises dans la composition des deux gouvernements d’El Bekkaï, d’abord pour le portefeuille de l’Information, puis pour celui du Travail et des Affaires sociales.
L’homme passera dans les rangs de l’opposition au gouvernement de Balafrej et les événements du Rif changeront de nouveau sa destinée. Feu Mohammed V le chargera alors de constituer un gouvernement où il sera question d’un mélange entre politiques et ministres technocrates. Formé le 24 décembre 1958, ce quatrième gouvernement de l’histoire du Maroc indépendant ne tiendra pas en place plus d’un an et demi. C’est à cette époque aussi que se prépare le chamboulement voulu au sein du parti de l’Istiqlal avec l’apparition des CRAPI (Comités régionaux autonomes du parti de l’Istiqlal), se souvient Abdellatif Jebrou.
Abdallah Ibrahim se consacre alors entièrement à l’UNFP (Union nationale des forces populaires) et commence à se faire très rare avant de revenir sur scène, de manière brève, après le décès de Mohammed V. Il s’éclipsera presque de manière définitive après 1962, date de la tenue du deuxième et dernier congrès de l’UNFP, parti mis en veilleuse depuis. Abdallah Ibrahim se consacre à ses écrits.
Ses contemporains gardent de lui l’image d’un homme politique à caractère très difficile et pas du tout porté sur la polémique. Ces caractéristiques amènent Abdellatif Jebrou à lui trouver des similitudes avec Mohamed Belhassan Ouazzani, autre leader d’un autre parti en veilleuse.
Toutefois, ce que l’on retiendra surtout de cet homme est son honnêteté et son intégrité morale. Jebrou se souvient que lors d’un voyage aux Etats-Unis en sa qualité de chef de gouvernement, Abdallah Ibrahim remettra au représentant marocain à l’ONU le reste de ses frais de déplacement pour les utiliser pour les besoins de la mission. Il détestait les cadeaux, quitte parfois à mettre dans l’embarras ses interlocuteurs, souvent de haut rang. Abdallah Ibrahim a deux enfants dont Tarik.

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