Une guérisseuse devant la justice

Sa réputation a dépassé sa région, Kelâat Sraghna, pour atteindre Marrakech, Béni-Mellal, F’kih Ben Saleh, Khouribga, Ben Guerir, Kasbat Tadla et d’autres villes. Tout le monde parle d’elle comme étant une guérisseuse qui a soigné plusieurs patients.
Lorsqu’une personne intéressée sollicitait ses services, elle n’hésitait pas à lui remettre trois documents, signés et légalisés par des clients-patients attestant avoir été guéris, après avoir été soumis à des séances d’exorcisme chez L’hajja Saâdia. Cette dernière, quadragénaire, guérit toutes sortes de maladies, entre autres, diabète, cancer, stérilité…
Yamna est l’une de ses clientes. Stérile, cette dernière rêvait d’un enfant. Elle avait fréquenté de nombreux gynécologues pour cette raison, mais en vain. Yamna et son mari voulaint coûte que coûte avoir un enfant. Ils ont convenu de s’adresser à n’importe quel médecin ou F’kih afin que Dieu exausse leur voeu. Yamna se souvient de ce jour, il y a quelques mois, quand elle a croisé sa voisine du quartier. Lorsqu’une conversation concernant la stérilité a été engagée entre elles, la voisine lui a expliqué qu’elle venait d’apprendre l’existence d’une femme, ayant une grande “baraka”, qui a soigné plusieurs femmes et hommes. Elle guérit toutes sortes de maladies lui précise-t-elle, y compris la stérilité. Elle lui a indiqué l’adresse.
Quand Yamna est arrivée chez L’hajja Saâdia, elle a trouvé son domicile bondé de clients. Ils l’attendent patiemment. Une fois ses pieds ont dépassé le seuil, un homme s’est présenté devant elle et lui a demandé de lui donner son prénom, celui de sa mère, sa date de naissance et le prénom de son mari. Il a noté ces informations dans un cahier avant de lui demander d’attendre. Une heure plus tard, il est revenu vers elle, lui demandant d’entrer à la chambre de l’hajja. Une fois devant elle, l’hajja lui a demandé de s’asseoir et lui a expliqué qu’elle était la fille d’un grand F’kih, issu d’une famille sacrée et que ses aïeux lui ont confié la “baraka”. Elle lui a demandé de lui raconter son malheur. Yamna lui a répondu qu’elle a fréquenté plusieurs médecins pour tomber enceinte. Après avoir étalé quelques pierres par terre, l’hajja lui a précisé qu’elle ne peut pas tomber enceinte parce qu’elle est possédée par un diable et qu’elle doit l’exorciser. Elle lui a donné, d’abord, une petite bouteille remplie d’eau contre 200 dirhams. Elle lui a demandé de la boire durant une semaine avant de retourner chez elle. Et à chaque fois qu’elle retournait la voir, elle devait verser des sommes allant de 100 à 200 dirhams. Sans résultat. Le cas de Yamna n’est pas le seul. Plusieurs femmes et hommes croyaient que l’Hajja pouvait guérir leurs maux avant de découvrir qu’elle n’est qu’une femme-escroc qui profitait de leur ignorance.
Ces informations ont été accueillies par les éléments de la sécurité publique du premier arrondissement de police à Kelâat Sraghna. En conséquence, ils se sont mobilisé pour effectuer, l’après-midi du 20 avril, une descente dans le local de l’hajja Sâadia. Ils ont mis la main sur elle, sur l’homme qui l’aide et sur 39 clients.
Ces derniers ont été relâchés pour ne garder en détention que L’hajja Saâdia, reprise de justice et son complice. La sorcière et son fidèle sont traduits devant la chambre correctionnelle près le tribunal de première instance.

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