« Zéro_Grissage »: Jusqu’où peut aller la grogne citoyenne ?

« Zéro_Grissage »: Jusqu’où peut aller  la grogne citoyenne ?

«Il faudrait qu’il y ait des têtes pensantes dans ce genre de mouvement qui proposent des alternatives pacifistes, des actions permettant une osmose sociale et non le contraire».

Le nombre d’arrestations opérées durant le premier semestre de l’année et qui concernent des individus impliqués dans différentes affaires criminelles est de plus de 250.000 au Maroc. Ce chiffre, récemment publié par la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN), intervient au moment où plus de 14.200 citoyens marocains ont signé la pétition «Zéro_Grissage» (Zéro_Agression, ndlr). Postée sur le site «Avaaz», cette pétition est suivie de plusieurs mobilisations populaires dénonçant la vague montante des agressions et interpellant les responsables de la sécurité nationale sur les problèmes liés à l’insécurité.

«256.171», c’est le nombre exact de personnes arrêtées au Maroc par la DGSN entre le 1er janvier et le 30 juin 2016. Parmi eux, 83.732 font l’objet d’un avis de recherche au niveau national. Comparé à une année auparavant, le nombre global des arrestations aurait augmenté de 1.340. Ces données, attestant d’une grande mobilisation de moyens par les responsables de la sécurité nationale, sont tombées vendredi 22 juin, soit deux jours après la mise en ligne de la pétition «Zéro_Grissage».
Les initiateurs de cette campagne ne se limitent pas à une simple demande de renforcement de sécurité mais exigent l’adoption de sanctions répressives et plus sévères pour toute personne voulant mettre en péril la vie et la sécurité des citoyens.

Les dérapages

Parallèlement à la mobilisation suscitée par la pétition, plusieurs groupes ont été, en effet, créés sur la Toile où les internautes ont adopté le hashtag #Zéro_Grissage. Certains parmi eux s’en servent pour raconter leur vécu tandis que d’autres vont beaucoup plus loin pour stigmatiser une certaine tranche de la société (ce qui n’est pas sans rappeler le phénomène «Tcharmil», nldr). Des appels à «l’application de la Charia contre ces malfaiteurs» ont également été formulés dans ce sens. Contactée par ALM, la psychologue clinicienne Wissal El Mahjoubi attire l’attention sur les dangereuses dimensions que peut prendre une telle mobilisation, si elle est mal orientée ou en cas de non satisfaction. «Que le peuple soit réuni autour d’une lutte contre des injustices sociales c’est bien, encore faut-il que le mouvement de foule ne prenne pas le dessus. Il ne faut pas que l’on se rende justice soi-même. Cela peut être très dangereux», nous confie-t-elle tout en précisant que la notion répressive de ces revendications ne serait pas à banaliser.

Justice pénale Vs justice réparatrice

«La violence est loin d’être une solution contre la délinquance. Nous voyons bien à travers les événements mondiaux qu’un phénomène de violence en engendre un autre. Il faut absolument tempérer les choses. Ainsi, il faudrait qu’il y ait des têtes pensantes dans ce genre de mouvement qui proposent des alternatives pacifistes, des actions permettant une osmose sociale et non le contraire», insiste-t-elle. La rejoignant sur ce même point, l’activiste du Web et vulgarisateur scientifique, Najib El Mokhtari, s’interroge s’il faudrait préconiser une justice réparatrice au lieu de pénale. Cette dernière serait, selon lui, appliquée dans un but «de revanche». «Quand on condamne une personne à des peines répressives, cela traduit un besoin de venger son acte. Or, une justice réparatrice fait table rase du passé du condamné, l’emprisonne pour qu’il ne sévisse pas et le réoriente en s’attaquant aux problèmes à l’origine de sa personnalité délinquante. Dans ce dernier cas de figure, les chances de récidive sont faibles et l’on se retrouve avec un danger de moins écarté de nos sociétés».

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