Cadrage : Passerelle

L’Accord de libre-échange voit, on serait tenté de dire enfin, le jour. Plus d’une année donc et qui aurait pu se prolonger davantage dans le temps. C’était l’ambiance d’urgence qui régnait, au bout du huitième et ultime round. Si, pour la partie marocaine, il n’était pas question de rentrer bredouille, les Américains sont, pour leur part, tenus par des échéances électorales, présidentielles obligent. D’autant que chez les démocrates, on dénonce une politique de libre-échanges qui délocalise bien d’entreprises et, partant, bien d’emplois. Au détriment du travailleur américain.
Le candidat démocrate, John Kerry, a même fait de cette opposition son fer de lance lors de la campagne électorale.
Mais une question se pose d’elle-même : quel pourrait être l’intérêt que représente le Maroc pour une puissance économique et politique qui trône sur tout le reste ? A la lecture de la précieuse contribution de Robert Assaraf, l’on saisit aisément l’objectif final de ces accords.
Un objectif de loin plus large qu’un marché aussi réduit que le nôtre est à même d’offrir. Trop préoccupé par les enjeux que joue le Maroc dans une telle gageure, l’on semble avoir omis un élément, une caractéristique fondamentale des Américains. Ces derniers ne peuvent se contenter de si peu, même si le Maroc représente un marché de quelque 11 milliards de dollars de marchandises qu’il importe annuellement. Les Américains voient plus grand que cela et jouent gros. Le communiqué de presse ayant suivi la conclusion de l’accord précité en dit long sur cet aspect. On y lit que les USA s’acheminent vers une zone de libre-échange non seulement avec le Maroc, mais avec tout le Moyen-Orient. Voilà qui explique tout. Troisième pays de la région à avoir conclu un tel accord avec l’Oncle Sam, après la Jordanie et Israël, le Maroc ne serait donc qu’un maillon, certes important et privilégié, de toute une chaîne d’accords et de négociations allant dans cette perspective, tracée à l’horizon 2013 et qui s’étend, tout comme la nation arabe de l’Atlantique au Golf. Le Bahreïn est en tout cas le prochain sur la liste. D’autres pays, comme l’Arabie Saoudite, l’Egypte, la Tunisie, le Koweït et le Qatar sont également en train d’être préparés. Cela, par le biais d’accords-cadres de commerce et d’investissement (TIFA), signés pour certains parmi eux et à venir pour d’autres.
Dans cette perspective, le Maroc est appelé à faire office de cas d’école, d’exemple à étudier et à suivre pour les autres. Tant mieux.
Mais un rapprochement se fait d’ores et déjà, presque de lui-même. Ce projet, serait-il une version pratique, réaliste, réduite dans l’espace, du fameux et tant décrié projet américain du «Grand Moyen-Orient» ? Si dans la forme, et vu le caractère progressif, bilatérale et strictement économique de ces accords relativise cette hypothèse, les véritables enjeux et la philosophie qui conduisent la démarche américaine semblent être les mêmes. Le résultat escompté est de toute façon identique.

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