Ghazaoui : «Je ne suis qu’une interface»

Ghazaoui : «Je ne suis qu’une interface»

ALM : Comment vous avez eu l’idée de produire ces films?
Hakim Ghazaoui : L’idée m’est venue de la passion que j’ai pour le sport en général et le football en particulier. J’ai découvert que notre pays était riche en exploits sportifs. Mais le problème c’est que nous n’avons pas un musée de sport. À travers ces cinq films, j’ai voulu mettre en valeur le vrai visage du sportif marocain.
Donner la parole à «des oubliés de l’histoire», est-ce que c’est une façon de rendre un hommage à ces grandes figures du football marocain ou est-ce beaucoup plus une façon de retracer l’histoire du ballon rond national en perspective de 2010 ?
Les deux. On ne pouvait rester indifférent face aux exploits réalisés par ces grands joueurs qui ont marqué l’histoire du football national et mondial. Il fallait faire ce travail ne serait-ce que pour sauver cette mémoire orale, qui était en voie de disparition. Il s’agissait pour moi de la figer. Un travail de reconstruction de mémoire à même de donner une certaine reconnaissance à ces joueurs qui, grâce à leur courage et leur fierté, serviront de modèles pour les générations à venir.
En recueillant les témoignages des joueurs, vous avez axé votre travail sur l’authenticité et le langage purement footballistique. Pourquoi ?
En les faisant parler, j’ai voulu montrer leurs vrais visages sur un ton basé sur l’authenticité. Les techniques que j’ai utilisées, fond noir et gros plan, c’était pour mettre en valeur ces gens. J’ai choisi comme outil de communication le dialecte marocain pour permettre aux joueurs de s’exprimer librement. Cela a décoincé certains joueurs. J’espère que cela va changer la vision que les Marocains ont de cette génération de sportifs.
« La nuit des pionniers » est un travail de recherche qui demande beaucoup de moyens aussi bien techniques que financiers. Quelles ont été vos sources et combien cela vous a coûté ?
Un tel travail n’a pas de prix. C’est un sacrifice personnel. J’ai décidé d’entamer cette aventure en faisant tomber tout ce qui est financier. Recherche, images, photos, témoignages…La mémoire du football marocain était éparpillée. Par exemple, je suis allé en France pour récupérer les images de la première finale de la coupe du trône entre le Mouloudia d’Oujda et le WAC. Ce travail de mémoire m’a pris deux ans de travail. Un travail de longue haleine plein de passion et d’émotion. Tout cela s’est fait dans le cadre d’une structure : «Sportis ».
L’objectif pour moi était de réaliser quelque chose de concret qui pourrait avoir un impact fort sur les marocains. Autrement dit, mieux mettre en valeur le sport national pour construire quelque chose de pérenne. Je veux saisir cette occasion pour remercier Saâd Kettani qui m’a permis de réaliser cette oeuvre qui a fait et continuera à faire la fierté de tous les Marocains.
L’histoire du football national, ce sont ses acteurs qui l’ont faite. Moi, je ne suis qu’une interface.
Est-ce que vous avez d’autres projets ?
«La nuit des pionniers» n’est qu’un début. Je ne pense pas m’arrêter à si bon chemin. Ce sera la même ligne éditoriale, à savoir les grands moments du sport national. Ce ne sera pas uniquement le football. Mais le sport en général. Le Maroc est une terre de sport. Notre pays regorge de potentialités sportives que ce soit en football, athlétisme, tennis…Sans oublier les autres disciplines qui ont disparu et avec elles ses champions. Ces sportifs véhiculaient des valeurs qui leur étaient propres : le courage, l’authenticité, l’excellence… J’espère que « La nuit des pionniers » sera un nouveau catalyseur pour les jeunes. L’objectif est de transmettre toutes ces valeurs et pérenniser la mémoire du sport national et ne pas laisser libre cours à des interprétations. Ce travail a été réalisé en grande partie grâce à ces gens qui travaillent dans l’ombre. Je saisis l’occasion pour les remercier pour le travail extraordinaire qu’ils ont fait.

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