Les vices de forme du dépistage

ALM : Vous continuez à clamer votre innocence même si l’analyse du deuxième échantillon a confirmé le résultat du premier test. Avez-vous l’impression que vous avez tellement dérangée que l’on a fait de vous la victime toute désignée ?
Brahim Boulami : Quand on subit les affres de la situation que je vis depuis plusieurs semaines, il m’arrive parfois de glisser dans ce raisonnement. Mais il est clair qu’on ne saura jamais les tenants et les aboutissants de cette affaire. Ceci étant, je continue à croire à l’erreur scientifique beaucoup plus qu’à la malveillance des hommes, même si dans ce domaine, rien n’est aussi clair. Ce que je sais par contre à travers tous les experts que j’ai consultés, c’est que l’EPO est une matière secrétée par l’être humain et que la valeur de son dépistage reste sujette à caution.
Les scientifiques spécialistes en la matière s’accordent à dire qu’il est difficile de dissocier l’EPO exogène de celui naturel. Mais il est de notoriété publique que l’entraînement en haute altitude, comme je le fais à Ifrane depuis 1995 favorise une grande sécrétion de cette matière. C’est pour cela d’ailleurs que la plupart des athlètes de haut niveau choisissent de s’entraîner en haute altitude . un entraînement qui leur permet d’augmenter le nombre de globules rouges à même d’assurer une oxygénation beaucoup plus quantitative que celle du niveau de la mer. Les experts dans le dopage sont formels sur ce point : il demeure encore très délicat de différencier entre une oxygénation naturelle et celle synthétique par un test direct.
On peut donc évoquer le vice de forme dans la procédure de dépistage pour étayer votre défense ?
L’expert que j’ai engagé a rigoureusement contesté la fiabilité de cette méthode de dépistage. Il a considéré, comme beaucoup d’autres scientifiques, qu’il ne prend pas en considération plusieurs paramètres différentiels. L’EPO endogène ou naturel ne peut être quantifié de la même manière quand il s’agit de l’organisme d’individus différents par leur éthnicité, leurs conditions climatiques et leurs spécificités ancestrales. Autrement, cette méthodologie de dépistage unique est techniquement trop contestée pour qu’elle donne des résultats certifiés exacts. Ceci étant, l’autre vice de forme qui a caractérisé l’analyse du deuxième échantillon est l’interdiction faite à l’expert de la fédération marocaine d’assister à l’ouverture du flacon. Pourtant, les règlements autorisent la présence d’un expert de la fédération concernée, sauf que c’est le directeur du laboratoire qui lui a refusé ce droit. Pis encore l’expert diligenté par l’IAAF n’est autre que Françoise Lasme, une Française qui a été à l’origine de la découverte de la méthode de dépistage de l’EPO. Vous convenez qu’elle ne peut que défendre la fiabilité de son travail en confirmant le résultat de la première analyse. C’est un autre vice de forme que mes avocats soulèveront le cas échéant.
On suppose que vous allez épuiser tous les recours auxquels vous autorise le règlement de l’IAAF ?
J’attends que l’IAAF prenne une décision pour que je puisse entamer les différentes péripéties de ma défense. Je ne peux pas dévoiler ma stratégie aujourd’hui tant que je ne sais pas encore le sort qui m’a été réservé après l’analyse du deuxième échantillon. Ceci étant, je reste fortement déterminé à défendre mon honneur et pour ce faire j’ai engagé les services d’un cabinet d’avocats spécialistes dans les analyses des laboratoires.
Il y a une question qui taraude tous les Marocains qui vous soutiennent : comment se fait-il que votre record du monde de Bruxelles n’a pas été contesté l’année dernière ?
Quand j’ai battu le record du monde à Bruxelles, j’ai subi un contrôle classique, mais quinze jours après, j’ai subi le même dépistage à l’EPO avec prélèvement des sang et urine. C’était en Australie où j’avais gagné la finale du Grand Prix et remporté un autre meeting sans que l’on trouve la moindre trace de cette matière dans mon organisme. Il semble qu’on a oublié ou qu’on feint d’oublier cet épisode et bien d’autres contrôles antidopage dont j’ai fait l’objet à maintes reprises, chaque année depuis 1995.

loading...
loading...

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *