La gifle

La gifle

«Il ne faut jamais gifler un sourd. Il perd la moitié du plaisir. Il sent la gifle mais ne l’entend pas»

Georges Courteline

Cette semaine a été marquée par la gifle reçue par le président de la République française. Impulsivité ? Correction ? Démesure? Colère ? Attentes ? Frustration ? Toutes les questions se posent. Les réponses sont loin d’être directes et évidentes. Une femme battue me disait hier en consultation que son mari, qui la battait depuis plus de 10 ans, l’aimait. Je cite : «Il me corrige mais par amour il ne pourrait laisser personne me toucher ou me nuire». La gifle est-elle symbole d’un «amour» protecteur en colère ? Nous sommes frustrés en attente de performances multiples et autres, et nous vous giflons pour vous réveiller à nos attentes et notre amour.
Mes élucubrations m’emportent. Mais l’intégrité physique n’est plus d’actualité.
L’avènement de l’ère du virus interroge quant à l’essence même de la condition humaine.

Notre corps ne nous appartient plus. Le virus étant sans essence et limites palpables, le corps n’est plus dans la même symbolique.
Confinés, muselés, enfermés, reclus, hommes et femmes sont face à eux-mêmes.
Miroir introspectif, désobligeant mais obligé, le couple casablancais d’une postmodernité fragile a la peau bougiérée et friable.
La désarticulation d’un monde où le concept viral avait, bien avant le virus, phagocyté l’humanité l’amenant à une décrépitude autour d’un média roi. Le déséquilibre psycho-comportemental d’une humanité en perte de repères et sans postulats d’existence. Le couple n’est plus. Avoir soi comme compagnon est déjà de trop. On a appris à se suffire à soi. A courir Instagram à la recherche de relations virtuelles pour échapper à la réalité de son égocentrisme.

Le corps fait peur. Le vrai. Cette enveloppe qu’on doit assumer. Il est bellement plus facile de la dénier. A travers le monde virtuel et les réseaux sociaux, mon avatar au filtre est beau, vaporeux et non palpable. Je reste un fantasme et me complais dans l’irréalité de l’absence des limites corporelles. Sans oublier les relationnelles.
Une transfusion est un acte vital non homéopathique sans consonance médiatique, une transfusion humaine. Tout le progrès médical et la science ne nous protègent guère. On doit chercher un premier homme. L’Homme 2.0 court à sa perte. Et comme du temps de la peste, on se terre dans nos grottes en attendant de meilleurs cieux. On se connecte en s’enterrant. On se désociabilise sur les réseaux sociaux.
On attend un cataclysme. Un cataclysme nécessaire ramenant l’homme à son identité première, ainsi si «la nature est périssable, l’humain aussi». D’où la gifle salutaire. Une bonne gifle réveille. La giflothérapie est de mise. A quand mon tour ?
Prenez le pouls de l’abîme qui guette la société à travers un couple argileux fuyant à l’habit tantôt moderne tantôt tartuffien, en citant les réalités saignantes d’un recul sociétal au discours surfait scandé de la même manière depuis 50 ans. Pas de nouveaux étendards, seulement les mêmes bannières de «communication pré-faite», de «religiosité» et de subterfuges érigeant un humain patchwork aux contours indéfinis, qui épouse en macrophage tout ce qu’on lui sert pour vomir inlassablement «des inepties stratifiées» témoignant bien avant le virus d’une «asphyxie de l’intelligence».

Cette peur qui confine protège de l’asphyxie du virus mais face à l’autre soi c’est un nœud coulant qui glisse lentement dans un jeu pervers de serrement- desserrement ; et on découvre enfin celui avec qui on vit avec violence.
Pas le conjoint mais soi-même.
J’observe les jeunes. Ils ne sont plus amoureux. Ils s’admirent dans le regard de l’autre qui doit leur renvoyer des like. Cependant, on retrouve cette recherche «d’état amoureux» et la complétude qui en découle. Un état amoureux dopaminergique, où l’autre n’est qu’objet-miroir fantasmé pour la satisfaction d’un moi idéalisé.
Ce n’est pas l’autre qu’on aime mais l’image qu’il nous renvoie de nous-mêmes et l’état amoureux jubile dans une réalité toujours plus virtuelle.
On plane d’être aimé et on croit aimer car plus on aime, plus on est aimé, toujours plus de narcissisme et d’individualisme au nom de l’amour, de l’amitié et de la communauté. Grâce à la Toile et aux réseaux sociaux nous atteignons l’extase, on se fait aimer en masse plus facilement. Les nombres de «j’aime» s’accumulent et on peut même les acheter, on nous envie nos vies figées exhibées et on nous suit. Ma gifle s’il vous plaît !!!!

«Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange : mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux.
On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux, mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : j’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui »
A. De Musset
«On ne badine pas avec l’amour»

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