Amours discrètes : Le café des délices à la casablancaise

Amours discrètes : Le café des délices à la casablancaise

L’horloge indique 18h00. Comme chaque dimanche, ce café de Aïn Diab à Casablanca connaît, pendant la période estivale, une affluence particulière, à tel point que l’on doit attendre que des places se libèrent pour pouvoir s’asseoir. Entre-temps, d’autres cafés de la région sont quasiment vides et peuvent, par conséquent, abriter l’excédent de clients qui, désespérés, quittent le café avec regret. Les plus persistants doivent bien avoir une raison de poiroter, des fois, jusqu’à 45 minutes pour trouver place. Dans ce cas, qu’est-ce qui rend ce café si spécial? La raison est très simple. L’endroit est si romantique qu’il exerce une attraction sur les jeunes couples avides d’intimité.
Ainsi, les plus avertis des jeunes hommes sont venus à 16h00, accompagnés de leurs copines, pour s’accaparer les coins de première classe. Une ruse des plus pointues. Il faut venir tôt pour avoir le privilège de passer la fin de l’après-midi pour voir le couché de soleil. C’est l’objectif de la quasi totalité de ces couples. Le prix de la consommation dans ce café est relativement élevé, mais ça vaut son pesant d’or. La fin justifie les moyens. La qualité du café servi est reléguée au second rang. Ici tout est permis à l’exception bien évidemment de ce qui porte gravement atteinte à la pudeur publique qui bizarrement ici a une tout autre définition. Des regards innocents, des échanges de caresses, en passant par quelques baisers, et rien de cela ne semble choquer. Ici, il n’est pas question d’ambiance familiale, aussi le lieu aurait pu être interdit au moins de 16 ans. A l’intérieur du café, le silence règne, donnant lieu parfois à des chuchotements occasionnels ponctués par des éclats de rire. Les yeux parlent un autre langage. On respire l’amour associé à la fumée des cigarettes.
Les couples assis sous des parasols ne semblent se soucier de rien. Tout le monde est détendu, chacun ne s’intéresse qu’à son compagnon et personne ne s’occupe de ce que fait son voisin, car on est venu faire la même chose. C’est la règle générale. Certains fuient des fois les regards des passants de la côte, bien que ces derniers prennent leurs temps pour suivre des yeux des scènes qui se produisent entre des couples qui mettent de côté les mots d’amour et passent à l’action. Rapprochés par ALM, le couple Achraf et Hajar semblent être perturbé dans un premier temps, avant de céder pour expliquer la raison d’être du choix par le jeune couple de cet endroit. Au moment où Hajar garde le silence avec un visage rougi, Achraf se précipite pour prendre la parole avec un petit sourire qui se dessine sur ses lèvres. «Nous venons ici, Hajar et moi, chaque dimanche. C’est un endroit qui nous plait beaucoup en raison notamment de son caractère romantique. Ici tu ne te soucies de personne et on se sent à l’aise, ce qui n’est nullement le cas pour d’autres cafés de Casablanca. C’est l’endroit idéal», explique-t-il. Occupé, un autre couple au fond du café semblait se désintéresser de tout, refusant de consacrer un petit témoignage à la presse. L’horloge indique 21h. à présent l’obscurité joue en faveur des couples. La situation commence à chauffer sur tous les plans. Certains couples ont même quitté le café vers le sable encore plus sombre. La suite de l’affaire n’est pas à exposer… Il faut dire que ce qui se fait dans ce café à Aïn Diab, se fait dans d’autres cafés de Casablanca, mais autrement. Dans les quartiers populaires, les cafés de luxe ne cessent de pousser comme des champignons. Ces cafés sont dotés dans la grande majorité de petits escaliers qui mènent vers l’étage. Cette partie que tout le monde appelle, à tord, «la terrasse» abrite souvent les couples venant chercher un petit moment d’intimité. C’est au niveau de cette «petite cachette» que se fait le petit jeu qui se joue en pleine air au café d’Aïn Diab. Ici, les regards ne sont plus cléments, ni compréhensifs. C’est un endroit soupçonné qui entache, selon certains, la réputation de celui qui y accède. Mohamed est de cet avis. «Chacun sait ce qui se passe là haut. C’est une honte. Le malheur c’est que les propriétaires des cafés semblent fermer l’œil et ce pour les quelques dirhams que rapportent des consommations médiocres. Si j’étais le propriétaire de ce café, je ne le tolérerai pas. C’est clair. Il ne faut surtout pas faire de concessions et se permettre des actes contraires à nos traditions conservatrices», a-t-il indiqué avec une fureur légère qui marque son visage. Ce qui est bizarre c’est que Mohamed qui faisait dans un instant la morale, était installé, pour sa part, en devanture d’un café à Aïn chock tenant une cigarette à la main et en train de draguer les passantes qui sillonnaient la rue! Ceci étant, Hassan, propriétaire d’un café au quartier Aïn Chock semble trancher dans ce sens. Il ne permet nullement aux couples d’exploiter son petit café à des fins qui ne riment pas avec son idéologie. «Je n’ai rien de personnel contre les couples, mais j’ai un respect pour mes clients qui sont pour la plupart des personnes mures. En plus, je tiens fermement à préserver ma réputation à l’égard des habitants de ce quartier que je connais depuis mon enfance», explique Hassan. Un autre propriétaire d’un café dans le même quartier, Aziz, semble ne pas partager l’avis de Hassan. Le café de Aziz est le point de rencontre des couples de tous âges. Et pour lui, ce fait est loin de constituer une anomalie. «J’interdis fermement à mes clients de consommer la résine du cannabis. C’est un principe pour moi auquel je tiens fermement. Sinon pour le reste chacun est libre de faire ce qu’il veut», a-t-il précisé. Et apparemment, il n’y a pas que les amourettes dans les cafés, comme la consommation de cannabis, d’autres phénomènes se développent dans ces lieux publics, reflet de la société.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *