Cadrage : voir noir et mourir

Pour la première fois, la communauté internationale célèbre le 10 septembre la journée mondiale du suicide. Un phénomène que le Maroc ne connaît que trop bien. Les conversations quotidiennes et les unes des journaux nationaux relatent chaque jour des cas de suicide dont pourrait se délecter un scénariste de série bas de gamme. Entre ce délégué du ministère des Habous et des Affaires islamiques à Essaouira, ce coordinateur des victimes d’Annajat  dans la région Tadla-Azilal, ce chef-comptable à la CNSS ou encore le nombre de plus en plus grimpant de personnes qui choisissent de se donner la mort sur les rails, écrasés par un train, les exemples sont multiples, mais le malaise est le même. Les maux tant psychiques que moraux et des fois mêmes physiques remontent à la surface au moindre malaise, à l’occasion d’un accrochage avec les voisins, un travail perdu ou une quête sentimentale infructueuse, même si sous d’autres cieux, on choisit de rejoindre l’au-delà pour beaucoup moins que cela. A l’image de ceux qui se suicident d’ennuis du moment qu’ils ont tout ce dont ils ont besoin et ceux qui s’immolent pour protester contre des essais nucléaires par exemple.
Au Maroc, nous sommes bien loin de ces cas de figure. Chez nous, on choisit de mourir par dépit, par désespoir, parce que l’on n’arrive pas à voir le bout du tunnel. Le suicide est devenu un véritable état d’esprit, essentiellement dans les milieux de jeunes non scolarisés, désœuvrés et sans perspectives d’avenir. Ne pourrait-on pas considérer l’attitude de ces centaines de jeunes Marocains qui se lancent dans les eaux du détroit, ceux qui se tassent dans des conteneurs pour mettre les pieds dans des ports étrangers et qui finissent étouffés, comme tendance suicidaire à 100 % ? Tous les ingrédients sont donc réunis pour les pousser à commettre l’irréparable : société de consommation de masse, taux de chômage galopant et surtout indifférence totale de l’entourage qui préfère se concentrer sur ce qui est « plus important », à savoir de quoi vivre. Ainsi, culturellement et religieusement, la question du suicide relève du tabou. La fréquence des cas milite pour une véritable prise en compte du problème. Or, dans une société où le stress et la dépression passent pour des caprices de nantis, l’appel désespéré d’un homme ou d’une femme en proie à la déprime n’est souvent entendu que trop tard. Au lieu d’une assistance appropriée, l’individu qui échappe au suicide s’expose directement à des poursuites judiciaires pouvant aboutir à une condamnation au pénal. Son S.O.S. lancé d’une manière désespérée n’a finalement été capté par personne.
Voir la vie en rose. Combien de Marocains peuvent se le permettre de nos jours ? Impossible de le dire tant que leur quotidien est aussi sombre.

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