De Moscou à Monaco, les Romanov transfigurés

Du tsar Michel à Nicolas II, une exposition organisée cet été au Grimaldi Forum de Monaco exalte «les splendeurs des Romanov», en passant sous silence les tragédies qui ont jalonné l’histoire de cette dynastie. Meurtres, adultères, jalousies, haines inexpiables, arbitraire, complot, attentats : la dynastie des Romanov, qui a régné trois cents ans sur la Russie (1613-1917), avait indéniablement sa face d’ombre, qui aurait sans doute mérité une salle à part. La commissaire Brigitte de Montclos, ancienne conservatrice du musée Carnavalet à Paris, en a décidé autrement: «Nous ne sommes pas là pour raconter les mauvais côtés de l’Histoire. Les objets que nous montrons évoquent le raffinement d’une civilisation. Ce qui est intéressant est de montrer la gloire, la splendeur des Romanov». On cherchera donc en vain, entre les couronnes, les chasubles et les bijoux, un portrait de l’énigmatique Raspoutine ou une allusion à la tragédie d’Ekaterinbourg (Oural), où le dernier tsar Nicolas II et sa famille furent assassinés par les bolcheviques en juillet 1918. «Une grande douceur, une grande simplicité, une grande élégance» : tels furent les traits saillants des Romanov, explique Mme de Montclos. La première salle s’ouvre sur la cérémonie du sacre dans la cathédrale de la Dormition, sur la place du Kremlin, où tous les Romanov ont été couronnés.
Le scénographe François Payet a repris le plan de la cathédrale, avec en perspective une grande iconostase, cloison constituée de quatre rangées d’icones, qui symbolise la porte du paradis. «Les Russes ont le sens de la théâtralité. Ils ont la volonté de vivre de grands moments. Avec cette église de la Dormition, on entre dans l’un des grands moments de l’histoire» russe, dit François Payet. Le visiteur passe ensuite dans une salle circulaire où sont exposés des objets précieux – robes brodées, trônes, médailles, candélabre dit «de la Tsarine» – entourés des portraits des principaux tsars depuis Michel (1613-1645) jusqu’à Nicolas II (1895-1917).
Le clou de l’exposition est constitué par les célèbres oeufs de Pâques fabriqués en or, diamants, rubis, platine, cristal de roche, émail, par le joaillier Fabergé pour Alexandre III et Nicolas II. Les six œufs exposés ont été prêtés par leur propriétaire actuel, le milliardaire russe Viktor Vekselberg. Les œufs sont venus de Moscou avec leurs propres vitrines et système de sécurité, qui a été connecté au système de sécurité du Grimaldi Forum, lui-même relié au système de sécurité de Monaco, l’une des villes les mieux surveillées du monde.
Dans la même salle, des bijoux de Cartier, Chaumet, Boucheron montrent le goût de la clientèle russe pour la joaillerie française. Un peu plus loin, des photos du Suisse Pierre Gilliard, précepteur du tsarévitch Alexis, donne un aperçu de l’intimité familiale du dernier tsar. Seule ombre au tableau : une photo de Gilliard montre Nicolas II, captif, juché sur le toit d’une serre avec ses filles, les grandes duchesses Olga, Tatiana, Maria et Anastasia. L’exposition se termine sur un aperçu de l’avant-garde russe, avec notamment quelques toiles cubistes de Lioubov Popova. «Nous avons voulu finir par une naissance», dit François Payet. L’exposition peut se visiter jusqu’au 13 septembre.

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