Khénifra, la cité rouge carmin agonise

Khénifra, la cité rouge carmin agonise

Entre Marrakech et Meknès, une bande verte et boisée longe les contreforts du Moyen Atlas qui s’élèvent brutalement tels un «poitrail» (Dir en berbère) au-dessus de la riche plaine céréalière du Tadla.
L’Oum Er-Rabiî, le plus long fleuve marocain, qui y a ses quarante sources, arrose successivement Khénifra, Kasba Tadla et Béni Mellal, avant de prendre la direction de l’océan. Mais c’est de cette première ville qu’il tient son élan, qu’il prend véritablement sa source.
La première chose qui frappe tout nouveau visiteur de Khénifra, c’est le ton ocre de ses habitations. Un ocre spécial qui ne ressemble pas à celui mondialement célèbre de la ville de Marrakech. Le rouge carmin, dit «khnifri», est bien différent. Il est plus foncé, plus montagnard, essentiellement dicté par le sol de cette région, rougeâtre (hamri). Une couleur que les habitants de la ville ont adoptée. Et qui leur va si bien. Aucune couleur ne pourrait convenir aux bâtisses de cette ville pour mieux coller aux décors des pics de montagnes qui entourent Khénifra, tels des remparts. Chacun d’eux à une histoire. Mais une chose est sûre néanmoins : les « Bouhayati », « Akellal », « Bamoussa » se fondent dans le décor de la ville faisant partie intégrante de la géographie et de son histoire.
Située au sud des régions précédentes, la province de khénifra s’intègre en effet à la fois dans le Haut Atlas et le plateau central, ce qui explique son relief accidenté où altèrent la montagne et les plateaux dont l’altitude est variable. Trois régions naturelles bien distinctes caractérisent cette province ; le bassin versant de la haute Moulouya correspond administrativement au cercle de Midelt, limité au sud par le Haut Atlas culminant au Jbel Ayachi (3757m), et Moâsker (3277m), au nord. La partie centrale de la province, qui correspond administrativement au cercle d’El Kbab, n’est autre qu’une partie du Dir du Moyen Atlas, c’est une région montagneuse couverte de forêts où l’oued Srou, affluent de l’Oum Er-Rabiî, et l’Oued Chbouka prennent leurs sources. La région regorge de sources d’eau, de oueds, rivières et lacs. Elle a toujours été considérée comme un véritable château d’eau du Maroc. En effet, les plus importants fleuves du pays y prennent naissance, notamment Oum Er-Rabiî et ses affluents Chtouka et Srou, Oued Moulouya et son affluent Ansguemir, Oued Grou, affluent de Bouregreg, Oued Ksiksou et Oued Boukhmira.
Jouissant de cet environnement naturel favorable et grâce à sa situation géographie, la province de Khénifra a des potentialités naturelles énormes lui permettant d’être un pôle d’attraction pour les amateurs de tourisme de montagne (randonneurs, chasseurs et pêcheurs…). Il s’agit, en particulier, d’espaces couverts de cèdres et de chênes verts, de rivières (riches en poissons tels que la truite et les brochets) et de lacs tels que Aguelmane Aziz (situé en pleine forêt sur une superficie d’environ 62ha), Ouiouane, Afrennourir, Tifounassine, Amghas, N’Douit et Miaâmmi. Mais cette nature sublime n’est pas exploitée comme il le faut. Ces magnifiques sites existent certes, mais leur accès relève parfois de l’exploit. Les routes, quand elles existent, sont très petites.
L’incroyable patrimoine forestier dont dispose la région la pourvoie de grandes richesses matérielles. En effet, la cédraie, forêt de plusieurs milliers d’années d’existence, couvre près de 130.000 ha sur les pentes du Rif, du Haut Atlas et du Moyen Atlas. 74.000 ha se trouvent partagés entre les provinces de Khénifra et d’Ifrane. La commune rurale d’Ajdir, lieu choisi par SM le Roi Mohammed V pour l’annonce de la création de l’Institut Royal de la Culture Amazighe (IRCAM), compte parmi les plus riches du Maroc. Une faune importante et diversifiée participe, également, à la richesse de cette région. Elle a permis de créer une vingtaine d’amodiations de droit de chasse (les espèces les plus fréquentes sont : le sanglier, le perdreau, le lièvre, la palombe, le chacal et le renard).
A Khénifra, il n’y a pas que la nature qui subjugue. La région a une grande histoire. Sa situation géographique y est marquée essentiellement par la lutte de la tribu Zayane contre l’occupant français. Mais bien auparavant, les différents sultans du Maroc se sont intéressés à cette région qui relie les villes impériales du nord à Marrakech.
Le Sultan Alaouite Moulay Ismail, au XVIIe siècle, y a construit Ksour et ponts, qui subsistent encore aujourd’hui et y a réparti quelque 3.000 Bokharis, soldats soudanais de sa célèbre garde noire, chargés de contrer les éventuelles incursions des berbères.
Cette sécurité sera longtemps remise en cause puisqu’en 1.818 le Sultan Moulay Sliman y est battu par les tribus locales unifiées par Abou Bakr Amhaouch. A la fin du XIXe siècle, a débuté l’histoire du célèbre caïd Zaiani (nommé par le Sultan Moulay Hassan 1er), Moha ou Hamou.
Ce dernier n’a pas manqué d’entrer en confrontation avec l’armée française, tout en modernisant la ville de Khénifra, y construisant mosquées, hammams, marchés, foundouks et surtout kasbas. Ce n’est qu’en 1912, année de sa mort, que la région est « pacifiée».
De cette époque, il ne reste que les ruines de la forteresse du caïd, prés du pont en dos d’âne construit par Moulay lsmail sur l’Oum Er-Rabiî, et détruit lors des dernières inondations qu’a connues la ville.

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