Lalla Taja : La maman des orphelins

Lalla Taja : La maman des orphelins

À la rue Belgique, en ancienne médina, à Casablanca, juste à gauche de l’école primaire Omar Ben Abdelaziz, on remarque depuis belle lurette une porte verte fermée. Il semble que personne ne s’en rend plus compte, ni s’interroge sur ce qui se trouve derrière. Les jeunes ignorent aujourd’hui qu’il s’y trouvait une tombe. Un tombeau où une femme de bonté et de grand cœur est enterrée, il y a plus d’un siècle. Qui était-elle ? On ignore beaucoup de chose sur elle. Parce qu’elle était une femme comme les autres. Aucun livre, ni autres références ne révèlent exactement son nom exact, ses origines, sa date de naissance. Une plaque qui est attachée sur le mur, à gauche de sa porte, indique qu’en se référant aux documents de protectorat, il s’agit d’une femme qui a vécu durant le XIXe siècle. Son parcours de vie serait normal comme tout autre femme, à l’exception qu’elle était célibataire et vivait solitaire dans une chambre à l’ancienne médina. Personne ne savait au juste si elle y naquit ou pas puisque rien à ce propos n’a été écrit. Mais ce qui caractérisa Lalla Taja n’est autre que ses services envers les orphelins. Cette femme connue pour sa bonté, sa générosité et son courage, les accueillit, leur donna à manger, à boire, et les invita à dormir chez elle. Demeurant à côté de la Légation belge à Casablanca, son bon cœur et ses sacrifices subjuguèrent un secrétaire de consul belge au point qu’il lui proposa son aide et son soutien moral et matériel. Lalla Taja accepta. Depuis, il commença à l’aider et à la soutenir matériellement pour continuer à prendre soin des orphelins.
En principe, ce soutien devait encourager ses voisins marocains musulmans à participer à cette générosité envers les orphelins. Mais c’est le contraire qui se produisit. Les mauvaises langues circulèrent une rumeur faisant état que Lalla Taja venait d’entretenir une relation amoureuse avec le secrétaire de la Légation belge et qui pourrait finir en mariage secret. Une rumeur qui se propagea comme une poignée de poudre. Depuis, la majorité de ses voisins, surtout les hommes, lui tournèrent le dos, l’agressèrent même parfois quand elle sortait de chez elle. Pire encore, puisqu’elle fut lapidée en pleine rue. C’était le moment où elle se réfugia au siège de Légation belge (l’actuelle école Omar Ben Abdelaziz). Elle fut effectivement protégée et sauvée d’une mort fatale. Au fil du temps, les femmes commencèrent à avoir une position envers Lalla Taja, contraire à celle de leurs époux. Elles crurent en sa pureté et en son innocence. Depuis, elles commencèrent à lui apporter un soutien moral et matériel sans que leurs maris le sachent. Et Lalla Taja continua à prendre en charge les orphelins. Mais cela ne lui a pas permis d’oublier ce qui lui était arrivée et qui la blessa profondément au cœur au point, selon la légende populaire, qu’elle composa un long poème où elle relata toute son histoire. Personne ne se souvint de ses vers dont la légende populaire révèle que les femmes les  chantèrent dans les fêtes en fondant en larmes. Cette histoire la toucha profondément au point que sa santé se dégrada au fil des jours jusqu’à ce qu’elle rendit l’âme. Les hommes refusèrent de l’enterrer au cimetière musulman. Mais les femmes ne restèrent plus les bras croisés. Elles adressèrent un message au consul belge, lui demandant de réserver un petit coin pour ensevelir la défunte. Effectivement, il leur remit un petit espace appartenant à la Légation belge pour l’enterrer. Les femmes passèrent des jours et des  nuits à gémir avant d’ériger un marabout pour elle qu’elles visitèrent jusqu’au jour où sa porte fut fermée.

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