Les cerises ne sont pas amères à Sefrou

Les cerises ne sont pas amères à Sefrou

C’est l’une des plus anciennes villes du Maroc. Fondée, d’après Léon l’Africain, par des Africains, Sefrou a tour à tour vu se succéder les communautés hébraïques, paënnes, arabes et survécu à l’invasion des Vandales. Les habitants conservent une certaine fierté de cette période mouvementée et un certain bonheur d’avoir hérité de ce qui est décrit comme un véritable paradis dans les guides européens.
Aujourd’hui, Sefrou est une ville typique du Moyen-Atlas, avec un climat montagnard assez doux à partir du printemps et des sites fabuleux : fontaines, cascades, forêts et montagnes. Les potentialités sont énormes, mais ici, les habitants ne sont pas dans la frènisie des affaires. La plupart des nantis gardent un pied à terre à Fès, située, en reprenant un chroniqueur arabe du XI e siècle, à une journée de marche. Les plaisirs montagnards de Sefrou sont réservés pour les week-ends et les grandes occasions. De Fès, les grands taxis relient Sefrou en 20 minutes, à raison de 8 dirhams par personne.
Préservée de l’affairisme, encore ignorée de cette petite faune d’investisseurs à la recherche de la bonne affaire, de la maison nichée au pied des montagnes, Sefrou est un antidote par rapport à Imouzzer et Ifrane, deux villes situées à quelques kilomètres, dans des panoramas exceptionnels mais qui ont opté pour la machine touristique, avec ses avantages et ses inconvénients. Sefrou vit de ses charmes naturels, de ses arbres fruitiers, de ses jardins et de son calme.
C’est la ville des piétons, avec des ruelles qui réservent des surprises, des promenades qui finissent dans des escaliers, des chemins qui traversent des jardins. Une joie de vivre affichée dans les visages des habitants, souvent attablés dans les terrasses de cafés. Des jeunes filles pudiques et réservées qui ne regardent jamais l’étranger droit dans les yeux.
La vie coule doucement ici par 850 m d’altitude, comme cette eau claire qui, depuis les montagnes avoisinantes alimente les maisons, via des canalisations laissées par les légions romaines. Des habitations bâties en général sur deux étages, avec pleines de jalousies, de trous qui sont autant d’écran ouverts sur la joie de vivre.
A Sefrou, tous les chemins mènent au souk et au vieux quartier juif dont les portes impressionnantes sont encore intactes. Le Mellah, coeur de la vieille ville, au sud de l’actuelle médina, avec qui elle est séparée par l’Oued Aggai, abrite la Zaouia de Sidi Lahcen Ben Ahmed, un saint du 18e siècle.
Le marché s’anime tous les jeudis, jour de marché, où on retrouve de tout, du poulet, des dindes et même, avec un peu de chance, du gibier! Il suffit juste de ne pas perdre son temps dans le marché couvert et de rejoindre les braves paysans dans la partie découverte. Là, quelques artistes essayent souvent d’égayer les échanges, mais ils ne tendent jamais la sébile avant d’avoir d’abord joué et d’être convaincus que l’auditoire en a pour son compte. Ça change forcément avec notre cosmopolite Casablanca !
Les Sefrouis, qui sont fiers de leur ville, n’hésitent pas à inviter le premier venu au café et même à la maison. Tous les chauffeurs de grands taxis qui rallient la ville à partir de Fès, quand ils sont de Sefrou, mettent un point d’honneur à présenter au visiteur Bab Mekam, le nom de la porte à l’entrée, expliquant que leur cité a été fondée avant la Médina de Fès pourtant vieille de huit siècles. Idriss II y aurait marqué une pause de deux ans, apprend-ton dans la bouche d’un conducteur qui reprend en fait une légende assez sévère d ‘ailleurs sur une partie de la population locale, les Bahloula, moins diligents dans l’accueil réservé au Charif et qui du coup, n‘auraient pas recueilli sa bénédiction. Bref, c’est l’histoire !
Sefrou est une ville de légende. On adore des mausolées, on voue des cultes à des saints, on raccorde une histoire au moindre lac, à la moindre source (comme la fontaine des idoles, la vallée de l’Oued Aggai). Le plus frappant de tous, c’est la source miraculeuse de Lalla Rekia, source censée guérir la folie, située à la sortie de la ville, à l’ouest.
Le spectacle est saisissant: des dizaines de fous, parfois menottés sont amenés par leurs familles dans l’espoir d’une guérison miraculeuse. Bougies, offrandes diverses, prières, le spectacle est insolite. Les promenades dans les chemins abrupts et à travers les bois sont autant de découvertes. Les habitations troglodytes sont encore intactes. Il s’agit de grottes qui ont servi sans doute de demeures aux premiers habitants des lieux.
Quant aux promenades dans la ville elle-même, elles se font généralement l’après-midi. Le long du Boulevard Mohammed V, en un va et vient jamais lassant. Il faut dire que les grandes boutiques de mode, les marques ritulantes n’ont pas encore pris d’assaut cette tranche de vie. Sefrou est un jardin avec comme plante dominante, et même fêtée, les cerisiers. Qui ne connaît pas la fête des cerises célébrée depuis 1920 entre mai et juin ? Fantasias, chants et de temps en temps, c’est l’occasion pour les uns et les autres de défiler, et pour les agriculteurs de marquer une pause.
La fête des cerises est le seul moment où Sefrou est envahie par un grand nombre de visiteurs, attirés par les nombreuses couvertures médiatiques faites autour de l’événement.

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