L’étrangleur des prostituées à Agadir (12)

L’étrangleur des prostituées à Agadir (12)

«Si tu as tué Fatima sans avoir l’intention de le faire, pourquoi as-tu torturé Latifa ? Tu n’avais pas également l’intention de la torturer ?», a demandé à Al Gabbas le chef de la brigade qui l’interrogeait. «Latifa a accepté dès le départ de m’accompagner à Sonaba pour coucher avec moi. Je l’ai déjà payée. Je ne sais pas si elle a été maltraitée avec quelqu’un d’autre qu’elle souhaitait protéger », s’est-il disculpé de la maltraitance de Latifa.
Disait-il la vérité ou inventait-il n’importe quelle histoire pour éviter de passer de longues années derrière les barreaux?
S’il répondait clairement et sans équivoque à certaines questions de la PJ, il se défendait avec une grande ambiguïté en répliquant aux autres interrogations. Intelligent, il semble être conscient de sa ruse. Il jouait dès le début son jeu pour qu’il ne sera présenté devant la Cour qu’avec de légères accusations sur susceptibles de lui bénéficier de circonstances atténuantes. Le PV de ses auditions est bouclé, la durée de sa garde-à-vue s’est achevée, enfin il a été traduit devant le parquet général près la Cour d’appel d’Agadir, puis devant le juge d’instruction. Quelques semaines plus tard, il est au box des accusés de la chambre criminelle. Accusé de coups et blessures ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner, viol et violence, il a raconté devant la Cour la même histoire consignée dans le procès-verbal. Il n’a pas changé la tactique de sa défense: Nier avoir l’intention de tuer Fatima et avoir torturé Latifa. Une tactique qui a donné ses fruits après l’examen de l’affaire.
«Après l’examen de l’affaire, l’interrogatoire du mis en cause et l’audition des témoins surtout Latifa et après les délibérations, la Cour a jugé Abdelhak Toumi coupable de toutes les poursuites que lui ont été reprochées et l’a condamné à dix ans de réclusion criminelle…», a déclaré le président de la Cour annonçant la clôture de l’affaire. Dix ans de réclusion criminelle est-elle suffisante? Pour sa victime, Malika, et la famille de Fatima, ce châtiment n’avait pour objectif que d’encourager Al Gabbas à torturer et tuer d’autres filles sans crainte qu’il soit lourdement condamné. Ce qui est contraire pour les magistrats qui n’imaginent jamais et en aucun moment encourager un bourreau. Pour eux, il n’y a pas dans le dossier de l’affaire la moindre preuve qui justifie que le mis en cause avait l’intention de commettre son crime et avait obligé sous la violence et la torture de l’accompagner pour coucher ensemble, ainsi qu’il n’est pas un repris de justice. Incarcéré, Al Gabbas n’a jamais manifesté de violence contre un codétenu, ni contre un gardien. Il jouissait d’une bonne réputation en prison. Calme, tranquille, serein, sérieux, tout le monde le respectait. Ses bons comportements lui ont permis de bénéficier, sept ans plus tard, de la grâce royale. C’était en mi-mai 2004 qu’il avait retrouvé sa liberté.
Nous sommes en un jour de la première semaine du février 2006. Le chef de la brigade criminelle de la sûreté d’Agadir termine la lecture de tous les documents du procès-verbal relatif à cette affaire qui remonte à 1994. Quel lien avait-elle avec les deux nouveaux meurtres de Meriem et Rajae? À l’instar de Meriem et Rajae, Fatima était une jeune femme célibataire et fille de joie, son cadavre est découvert loin du lieu de la scène de crime et y a été transporté par un engin et a partagé le même lit avec son client (Al Gabbas).
Deux points qui étaient en commun entre Rajae et Meriem sont restés sans réponse dans le cas de Fatima : Fatima a-t-elle été tuée par étranglement ? Les poils d’un chat ont-elles été prélevés sur son cadavre comme c’était le cas de Meriem et Rajae? Car, il semble que son cadavre n’a pas été mis entre les mains du médecin légiste ! Et pourtant, les trois meurtres ont quatre points en commun ! Sont-ils les victimes du même bourreau ? Peut-être. Une hypothèse qui a poussé les limiers de la PJ de continuer leur enquête. Destination ? Le domicile d’Abdelhak Toumi, au quartier Aghrod, Bensergaou.
Les policiers frappent à la porte et personne n’ouvre.
«Il a voyagé depuis quelques jours à Tan Tan et sa femme est à Rabat», leur révèle une voisine.
Pourquoi ? La voisine n’a pas de réponse.

 (Demain : Al Gabbas qui a purgé une peine d’emprisonnement pour avoir tué Fatima est-il le meurtrier de Rajae et Meriem ?) 

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