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Nada exist

Tel est l’argument de " Nada exist " : en 500 pages, le roman raconte six heures de la vie de Patrice, photographe cynique, désœuvré et enrichi grâce à une épouse qu’il n’aime ni ne touche plus. Six heures de réflexions : dans un continuum de voix off, le héros, Don Juan désabusé, alterne anecdotes et réflexions profondes avec une glaçante sincérité.  Ce qui, chez Houellebecq, faute d ’élégance, sombre dans le ressentiment et le ressassement misogyne, s’élève à l’universel sous la plume de Simon Liberati : un précis de décomposition d’une âme perdue dans les contradictions de son époque, et de sa conscience. Ni excuse ni justification dans la psychologie ou l’histoire: comme dans "American psycho" (Bret Easton Ellis), le personnage est le produit de son temps, un homme qui ne sait plus qui il est et flotte sans but, bousculé de minute en minute par les circonstances, rebondissant au gré de ses sensations (accrues par la consommation de cocaïne) plus que de ses émotions, sans parvenir à trouver un sens à son existence. Paradoxalement, c’est dans la description d’une errance parfaitement narcissique et pulsionnelle que le romancier livre une très belle leçon d’intégrité narrative et d’exigence littéraire aux dépens de l’image de soi.
Après "Anthologie des apparitions" (désormais en livre de poche), Simon Liberati entre avec son deuxième roman dans la cour des grands.

"Nada exist" Simon Liberati
(Flammarion)/ 2007/ 500 pages



Corps volatils

Quand Colin retrouve son amie d’enfance, Estella ("une camarade de jeux inestimable. Un jour, elle avait essayé de m’enterrer vivant"), sa vie (étudiant, cracheur de feu et trafiquant en substances prohibées) est aspirée par l’obsession d’Estella : comprendre pourquoi son père, l’écrivain John Volstead, auteur d’une œuvre mythique, "Les Narcissiques anonymes" , s’est suicidé. A-t-il laissé derrière lui un roman non encore découvert ?  En quête d’un objectif inatteignable, Colin, Estella et leurs amis (Quentin, le médecin dealer…) déambulent dans un Paris de cauchemar, aux immeubles bâchés assombris par une pluie noire d’apocalypse. Dans une langue précise et parfois précieuse, ce jeu de pistes parsemé d’œuvres d’art contemporains (Arman, Parmigianni …) se resserre autour d’un narrateur qui se félicite d’avoir préféré aux destinations lointaines "toutes sortes de voyages immobiles et les transports incomparables de la névrose".  "Corps volatils" nous plonge dans un voyage étrange et fascinant, durablement marquant. En attendant, avec impatience, le second roman de cette jeune agrégée d’anglais qui n’a pas trente ans.

"Corps volatils" Jakuta Alikavazovic
(Editions de l’Olivier)  2007

Loin de chandigarh

L’Inde du Nord à la fin des années 1990. Depuis quinze ans, un journaliste et   son envoûtante femme Fizz vivent une intense passion amoureuse entre Chandigarh et Delhi. Mais une étrange découverte dans leur vieille maison, accrochée aux   contreforts de l’Himalaya, fait basculer leur couple. Au cœur de cette demeure   délabrée, soixante-quatre épais carnets reliés de cuir livrent les secrets de   Catherine, une intrépide aventurière américaine et précédente propriétaire de la   maison. Subjugué par la lecture de ces carnets très intimes, le narrateur s’éloigne peu à peu de Fizz. Le journal de Catherine l’entraîne à Chicago, Londres et Paris au tournant du XXe siècle, puis dans le tourbillon de   l’histoire de l’Inde à la veille de son indépendance. Il lui apporte aussi les clefs des énigmes de l’alchimie du désir et de l’amour. Salué en Inde et en Angleterre comme un incontestable événement littéraire dans le ciel de la fiction contemporaine, Loin de Chandigarh est avant tout le roman de l’Inde d’aujourd’hui.

Loin de chandigarh – Tarun J Tejpal traduit par Annick
Le Goyat – Editeur : LGF (2007)

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