Mohamed Belahrach : l’épicurien qui tue les prostituées (11)

Mohamed Belahrach : l’épicurien qui tue les prostituées (11)

Adolescent, Mohamed Belahrach remarque son corps qui se transforme en grandissant et en prenant du volume, ses muscles qui se durcissent, sa moustache et sa barbe qui poussent sur son visage, sa voix qui devient plus grave et les poils qui commencent à pousser dans des parties de son corps. Il commence à se sentir être un homme et non plus un enfant, à rêver d’être entre les bras de sa voisine du quartier, à se réveiller le maillot mouillé…à devenir onaniste. Mais jusqu’à quand ? Il ne supporte plus jouer «le jeu de la main». Seule une femme peut éteindre les flammes de son corps qui brûle jour et nuit. Ses amis, plus âgés que lui, lui révèlent la solution: recourir aux prostituées. Difficilement, il arrive à amasser deux dirhams. Ses amis le conduisent à Derb El Berkaoui. Il rentre chez une proxénète, lui remet les deux dirhams, choisit une prostituée, l’accompagne à une chambre, déboutonne son pantalon et entame sa première expérience avec une femme. Pour deux dirhams, il découvre la partie intime et les cuisses d’une femme. Il n’a découvert ni ses seins, ni sa poitrine, ni ses lèvres, ni les étreintes. Pour deux dirhams, en plein jour, elle ne doit dénuder que la partie inférieure de son corps et il ne doit faire qu’une «passe» pour voyager au septième ciel. Il n’oublie jamais cette première expérience, première découverte de la chair féminine qui a soulagé son corps chauffé par le désir. Depuis, il commence à les fréquenter seul, sans compagnon. Et il s’engage à épargner un sou après l’autre pour avoir plus que deux dirhams. « Une passe » ne lui suffit plus, ne lui permet pas de découvrir de plus en plus ce monde du désir et du plaisir et à déceler les énigmes du corps féminin. Difficile. Il ne travaille pas. Ses parents ne peuvent pas répondre à ses besoins en argent. Il a besoin d’une solution. Laquelle ? Il ne sait pas. En attendant, il doit au moins fréquenter de temps en temps ces femmes qui apaisent les flammes de son corps. Nous sommes en 1974. Mohamed Belahrach est à son dix-huitième printemps. Ennuyé, il ne supporte plus être chômeur. Il doit avoir de l’argent pour passer les nuits dans les bordels et consommer le désir sans modération. Jusqu’à quel jour doit-il passer uniquement cinq à dix minutes avec une prostituée? C’est une sorte de frustration. Non, il doit avoir de l’argent pour avoir, toute la nuit, une fille entre ses bras et non pour quelques minutes. Il devient mûr. Il doit se débrouiller. Effectivement, il devient commerçant de friperies. Il expose sa marchandise au boulevard Mohamed Toufani. Il gagne de l’argent. Les poches garnies de dirhams, il ne retourne pas chez lui, mais les bordels l’attendent. Ils deviennent son propre monde et la preuve de son existence. Tout le monde commence à le connaître à travers le monde du plaisir, de la prostitution et du proxénétisme. Car, il y passe la majorité de son temps. Seuls, l’alcool et les femmes qui envahissent sa tête. À chaque fois dans un nouveau bordel, à chaque fois chez une nouvelle maquerelle, à chaque fois entre les bras d’une nouvelle prostituée. Comme une abeille qui saute d’un jardin à l’autre et d’une fleur à l’autre. Rien ne le satisfait. Il a toujours faim et soif. Désormais, Mohamed Belahrach vit ivre de femmes et d’alcool au point qu’il ne peut plus vivre loin d’eux ou sans eux.

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