Pierre-Robert, l’émir stéphanois (1)

Juste quelques semaines après les attentats du 16 mai 2003, il n’y en avait que pour l’émir français dont on connaissait juste le nom de guerre : Abou Abderrahmane. Traqué par tout ce que compte le Maroc comme services de sécurité, Pierre-Robert se la coulait douce presque les pieds dans l’eau à Mohammédia. L’étau se resserre davantage autour de lui après l’arrestation de la majorité des membres de son groupe et dont un certain Abdelilah Fizazi, fils du théoricien de « Jamaât Ahl Sounna », le très médiatisé Mohamed Fizazi.
Pierre-Robert finira par se réfugier, après l’arrestation des membres de son groupe dans la forêt «California». C’est là que, de guerre lasse, il est tombé dans les filets de la police.
Antoine Pierre-Robert est né à Saint Etienne, le 30 janvier 1971, de Jacques et Jeannine, une famille sans histoire luttant pour joindre les deux bouts. Comme pour la plupart des milieux de la « France d’en bas », il bascule, adolescent, dans la petite délinquance et se livre aux menus trafics des petites banlieues.
Las de le voir aller loin dans ses études, ses parents s’en plaignent assez souvent et sont soulagés quand, entre 1991 et 1992, il décide de se prendre en charge et accepte de travailler comme ouvrier dans une usine de coton à Saint Etienn ; unité de production où il a pour compagnons d’atelier deux ressortissants turcs qui, à leurs heures perdues, essaient de convertir à tour de bras des jeunes Français déboussolés.
D’après ses révélations aux enquêteurs marocains, c’est à cette époque-là que remonte non pas sa conversion, mais le véritable virage à 180 degrés qu’il a pris. Il forge ses connaissances sur l’Islam en fréquentant, de manière assidue, les mosquées de la localité dite Saint James et pousse le zèle jusqu’à se faire prédicateur dans sa ville natale. Sa proximité d’une forte communauté turque et maghrébine lui facilitera la tâche. Antoine Pierre-Robert aimait conclure une partie de football par de longs prêches sur l’Islam, sa nouvelle religion. Mais il ne pouvait se contenter de si peu, lui qui était préalablement plus catholique que le Pape comme le rapportait à l’époque de son procès la presse française et lyonnaise en particulier.
Pierre-Robert, qui avait déjà pris à l’époque les surnoms de Abou Abderrahmane et Yacoub, se sentait à l’étroit à Saint Etienne et exprime le besoin d’approfondir ses connaissances et d’«asseoir sa foi». Son rêve deviendra réalité en 1994 quand, grâce à une collecte de ses amis turcs, il réussit à réunir la somme de 10.000 FF lui permettant de faire le voyage en Turquie pour apprendre le Coran et la langue arabe. Arrivé à Istanbul, Abou Abderrahmane réalise l’exploit d’apprendre par cœur le Coran et suit les cours d’un salafiste notoire de la région. Ce dernier faisait partie à l’époque des recruteurs pour le Jihad en Afghanistan et surtout pour le compte des Talibans alors que la première guerre d’Irak faisait rage.
Le prêcheur obscurantiste est surpris par l’ardeur du chrétien converti à l’Islam et apprécie, à leur juste valeur, les penchants d’Antoine Pierre-Robert pour la guerre sainte. Son mentor lui fait choisir entre le combat aux côtés de ses « frères » en Afghanistan ou le maquis algérien où les GIA (Groupes islamiques armés) faisaient plus de victimes que n’importe quelle guerre. Abou Abderrahmane, accompagné d’un ressortissant algérien et de quatre citoyens turcs, finit par arriver en Afghanistan après avoir transité par Téhéran, selonun itinéraire connu des jihadistes.
A l’époque, Ben Laden finançait, sans compter, des dizaines de «Mdafate» (maison d’hôte) où les moujahidine, selon leurs nationalités, étaient accueillis momentanément avant d’être orientés vers le front. Antoine Pierre-Robert atterrira dans une «Madafa» appelée «Dar Achouhada’e» qui était dirigée par un Saoudien proche de Ben Laden. Remis d’un long et harassant voyage, il est dirigé par la suite vers un camp d’entraînement nommé « Oussoud Khuldun » (Les lions de Khuldun).

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