Portrait : Boujemâa Oujoud, «Azizi» des planches

Portrait : Boujemâa Oujoud, «Azizi» des planches

On le reconnaît sûrement grâce à la tonalité qu’il prenait pour ses interprétations. Agréable et à l’humour très fin, Boujemaa Oujoud fait partie de ceux qui ont imprégné le théâtre marocain. Dans le milieu artistique et même au-delà, il est plus communément connu sous le nom de «Azizi». C’est en 1952 qu’il fait ses premiers pas dans le théâtre. «Je devais avoir 14 ans, et je m’amusais souvent avec mes amis à faire des jeux de rôles dans les rues de la vieille Médina casablancaise», se souvient Azizi.
Très vite remarqué par un réalisateur, il est sollicité de faire du théâtre. «Il m’a demandé de faire du théâtre avec lui et sa troupe, et à l’époque je ne savais même pas ce qu’il était attendu de moi ni quelles étaient les bases de la pratique théâtrale», commente l’artiste. Petit à petit, Boujemâa a commencé à se faire un nom. Il se souvient même de sa première représentation. C’était à l’occasion de la Fête du Trône, en ces temps difficiles d’occupation française où les fêtes du Trône se célébraient en cachette. Sa deuxième montée sur scène était sur les planches du cinéma « Médina », avec «la troupe théâtrale casablancaise». Pour rôle, Boujemaa Oujoud se devait d’interpréter un domestique bégayant, timide, mais qui servait les nationalistes en leur rapportant les informations sur les gens chez qui il travaillait. Après l’indépendance, les rôles se sont enchaînés pour l’artiste, mais il a surtout conquis les cœurs par ses passages à la radio auprès des grands noms de la place, grâce notamment à l’émission «Rafih Aan Nafsik». Dans son cœur, Boujemâa Oujoud réserve une place spéciale pour ce qu’il qualifie de «la plus grande surprise» de sa vie. A l’occasion, il venait d’enchaîner les scènes de Tétouan, Tanger et Kénitra, il a découvert avec grand émerveillement qu’il allait avoir le privilège de jouer avec le reste de la troupe devant Feu Sa Majesté Mohammed V.
Il se remémore son entrée au palais, avec Bouchaïb El Bidaoui et Kadmiri, «jamais je n’oublierais ma panique ni ma frustration ce jour-là, nous avons été très bien reçus, et nous étions en face de Sa Majesté, j’étais impressionné par sa beauté, son amabilité et son charisme. Ensuite, nous nous sommes changés dans une salle où siégeait le Trône, nous nous étions jetés dessus pour l’embrasser tellement nous avions chaud au cœur, c’était magique. Après avoir fini, je me souviens que Sa Majesté m’a posé quelques questions et qu’il a demandé aux autres de prendre soin de moi. Ce jour-là j’ai eu droit à cinq dirhams en guise de paiement. Je planais de bonheur car non seulement je venais de rencontrer face à face mon idole, mais surtout je lui avais fait le baise-main, et il avait demandé qu’on prenne soin de moi, ça m’a pris des jours pour redescendre sur terre». Aujourd’hui, Azizi regrette ces temps, et surtout ces artistes qu’il a côtoyés. Son commentaire en dit long :«La vie a emporté dans son tourbillon les uns, la mort aussi en a fait de même, et nous, nous vivons sur les souvenirs».

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