Souha Arafat : Une first lady impopulaire

Souha Arafat : Une first lady impopulaire

Ayant jadis confessé avoir «épousé un mythe», Souha Tawil Arafat est toujours restée loyale au rêve d’un Etat palestinien nourri par son mari. Elle a affirmé que son «plus grand honneur» aurait été de sacrifier un fils à la cause palestinienne et elle a approuvé les attentats suicide. Appelée au chevet de son époux à Ramallah le 28 octobre dernier après la détérioration de l’état de santé de ce dernier, la jeune épouse du vieux chef avait pourtant disparu de la scène palestinienne depuis près de quatre ans. Pas une fois, depuis le début de l’actuelle Intifada en septembre 2000, elle ne s’était rendue dans les territoires palestiniens; pas une fois elle n’avait rencontré son mari. Une situation qui ne la rendait pas très populaire en territoires palestiniens. Agée de 41 ans, fille d’une riche famille chrétienne, elle a reçu une éducation française. Elle a rencontré un Arafat vieillissant il y a 20 ans. Il était alors un des plus proches amis de sa mère, Raymonda Tawil, alors qu’elle étudiait à la Sorbonne. Il l’embauche pour s’occuper des relations publiques de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), alors qu’il est en exil en Tunisie. Plus tard, elle devient son conseiller économique avant de l’épouser, en secret, en 1990. Cinq années plus tard, leur unique enfant, Zahwa, est née dans une clinique de Paris. N’ayant pas fait beaucoup d’apparitions en public, elle était la curiosité des caméras de télévision qui ont retransmis en direct les funérailles militaires de son père, vendredi dernier, au Caire.
Le train de vie que Souha Arafat mène à Paris fait également beaucoup parler d’elle. Son penchant pour les vêtements griffés est aux antipodes des habitudes de son mari, avec son éternel uniforme de vétéran militaire, son mode de vie austère et son obsession de la politique. Souha, qui s’est convertie à l’islam, s’est un jour plainte à un journal égyptien que son mari ne lui avait jamais offert de bijoux et qu’il menait une vie de célibataire. «Lorsque je me plains d’être négligée, il m’offre des souvenirs et des symboles de la révolution palestinienne», a-t-elle aussi raconté dans une de ses rares interviews. Elle a cependant démenti par la suite que son mariage battait de l’aile et a affirmé qu’Arafat était «le plus heureux des maris» et qu’il chantait «frère Jacques», l’unique chanson française qu’il connaisse, à leur fille. Mais en 2003, la France a ouvert une enquête préliminaire sur le transfert d’importantes sommes d’argent, d’origine suspecte, sur le compte bancaire parisien de Souha Arafat. Celle-ci a alors accusé l’ennemi juré de son mari, le Premier ministre israélien Ariel Sharon, d’être l’instigateur d’articles de presse à ce sujet.
Toutefois, elle a fait plusieurs fois scandale, embarrassant son mari. Saluant un jour Hillary Clinton comme étant la Première dame qu’elle admirait le plus, elle avait lancé devant l’épouse de l’ancien président américain une hallucinante tirade contre Israël, accusant ce pays d’avoir multiplié le taux de cancer dans les territoires palestiniens.
Un haut responsable palestinien avait ensuite été obligé de présenter des excuses à Washington. Lors de l’hospitalisation de son mari à l’hôpital militaire de Percy à Clamart, elle a encore une fois défrayé la chronique en accusant le Premier ministre palestinien Ahmad Qoreï, son ministre des Affaires étrangères Nabil Chaath et le secrétaire général de l’OLP Mahmoud Abbas, de vouloir «enterrer vivant» son mari pour hériter de son pouvoir. Des propos qui ont suscité la colère et l’indignation de ces dirigeants palestiniens qui ont failli annuler la visite qu’ils devaient effectuer quelques heures plus tard au chevet de Yasser Arafat.
L’épouse, jusque-là effacée de la vie publique est devenue du jour au lendemain omniprésente. Selon la loi sur le secret médical en vigueur en France, elle contrôlait toute information concernant l’état de santé de son mari. Elle contrôlait également les moindres détails des communiqués médicaux. Souha Arafat autorisait ou interdisait les visites des plus proches conseillers auprès du président agonisant. C’est elle aussi qui faisait parvenir des messages aux membres de la direction palestinienne, restés à Ramallah. Un rôle qui n’était pas apprécié par tous et qui a ajouté à faire baisser sa côte de popularité auprès du peuple palestinien.

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