Voyage au souk des oiseaux domestiques

Une cinquantaine de vendeurs, plus de deux cents éleveurs, un millier d’amateurs recensés, une activité économique juteuse pour les uns et gagne-pain pour d’autres … l’ornithoculture fait partie des activités commerciales que connaissent les marchés avoisinant à Bab Sidi Abdelwahab. L’ancien souk Elfakher devient, chaque fin de semaine, le rendez-vous dominical des amateurs d’oiseaux. Espace prodigieux à plus d’un titre, pour la singularité des espèces proposées. Une spacieuse ménagerie, qui grouille de passionnés, de curieux, d’éleveurs et de vendeurs d’un monde à part mais si important pour les collectionneurs d’oiseaux.
En parallèle à ce marché hebdomadaire, Oujda a son propre espace de vente d’oiseaux de chant. C’est une partie de l’ancien marché de volailles qui a été aménagée pour constituer un lieu de prédilection des guetteurs d’excentricités ornithologues. Ce marché est perpétuellement renouvelé par toutes les nouveautés qui se rapportent à l’élevage des oiseaux d’accompagnement: Oiseaux de différentes espèces, cages aux multiples formes, graines de toutes sortes, médicaments pour plusieurs maladies. En somme, tout ce qui se rapporte à cet univers de chants et de couleurs chatoyants. C’est là qu’on peut s’approprier l’oiseau convoité ou la race rare. Cela dépendra essentiellement de notre bourse.
Les canaris sont à procurer pour une somme qui varie entre 80 DH et 180 DH ; le prix des chardonnerets est à 10 DH pour les nouveau-nés et peut atteindre les 500 DH pour les confirmés en chant. Quant au prix du Mistou normal, il oscille entre 150 et 200 DH alors qu’un « maître incontesté en gazouillement» peut être vendu jusqu’à 1500 DH. «Ces prix sont déterminés par des critères de sélection», précise Mohamed Miri, vendeur chevronné, à savoir l’âge de l’oiseau, le chant, la couleur et son élégance sur le perchoir. Une passion qui peut rapporter jusqu’à dix mille dirhams de gain net par an pour un éleveur confirmé.
Le bénéfice des vendeurs varie selon l’offre et la demande et surtout selon la crédibilité du marchand.
La nourriture de ces oiseaux est constituée de graines d’alpiste : 10 DH le kg; de graines de Niger : 16 à 20 DH le kg; de graines de Navet : 10 DH le kg; de graines de lin : 12 DH le kg.
Plusieurs oiseaux sont acheminés vers d’autres villes par des commerçants qui viennent de Casablanca, Kénitra, Khouribga, Fès, Meknès…
Les oiseaux de compagnie séduisent par leurs chants mélodieux, émerveillent par leur posture et font la joie des ornithologues par la grâce de leurs mouvements et la spécificité de leurs gazouillements, répète Anouar Mehdaoui, un enfant épris par la beauté du plumage et la douceur de la voix d’un oiseau rare.
Le chardonneret, qui est protégé par une loi en Europe, est menacé au Maroc pour deux raisons. Une chasse aveugle menée par des enfants inconscients et un commerce illicite vers l’Algérie qui prend de plus en plus de l’ampleur. Le chardonneret ainsi que le mulet sont exportés par des contrebandiers illégalement vers d’Algérie à l’instar des pommes de terre et autres légumes et fruits. Souvent ils prennent le chemin de Marseille où ils sont vendus à des prix qui avoisinent les vingt mille DH, explique Hamid Touzani, un éleveur de chardonnerets. Une réalité qui a engendré une diminution considérable de ces oiseaux prisés pour la qualité de leur chant et la variété de leurs couleurs.
La région orientale est considérée par les ornithologues comme le lieu de nidification privilégié du chardonneret (variété du chardonneret d’Afrique du Nord). Il niche surtout dans la région de Nador, à Selouane, Rass El Ma, mais aussi à Laâyoune, Guercif et Oued Amlil.
En captivité, le chardonneret s’accouple essentiellement avec des canaris pour donner naissance à une espèce très convoitée à savoir le Mistou. Cet oiseau croisé est très apprécié pour ses romances douces et fortes en tonalité. «Le Mistou est en mesure de réaliser jusqu’à treize mélodies différentes», explique à ALM Ahmed Didouh, éleveur d’oiseaux depuis trente ans. Le chardonneret, ajoute-t-il, est un oiseau gracieux au plumage bariolé avec un dos et des flots châtains. Un masque rouge couvre toute la face et fait distinguer le mâle de la femelle. Un anneau noir autour du coup donne à la tête une couleur noir-brillant.
L’abdomen et la poitrine sont clairs. Avec une bonne proportion de taches jaunes ou de blanc vif. Son plumage est constitué d’un mélange de brun clair, de noir, de blanc, de doré et de rouge. Cinq couleurs dégradées lui confèrent une posture spécifique et harmonieuse.
Pour défendre et canaliser les efforts d’amélioration de cette race, l’association des éleveurs d’oiseaux d’Oujda vise à développer la connaissance du public de la faune ailée par l’organisation des concours annuels au parc Lalla Aicha et à la maison des jeunes Ibnou Sina. Elle vise aussi à encourager la culture du chardonneret et du canaris et la généralisation des techniques de raffinement des chants et des accouplements étudiés.

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