«Miral» de Julian Schnabel

«Miral» de Julian Schnabel

Pour ceux qui ont raté ce film, c’est l’occasion de le revoir pour toucher de près l’histoire des Palestiniens face à la guerre imposée par Israël. A travers un opus corsé et électrochoc du réalisateur américain Julian Schnabel, «Miral» est un film aux allures de controverse sur fond de grand scandale. Julian Schnable est clair : «Oui, c’est une histoire palestinienne, mais c’est fondamental qu’un juif américain comme moi la raconte, que les musulmans l’entendent, que les juifs l’entendent, en Israël et dans le monde».

Sans vouloir créer la polémique, l’auteur de «When the Night Falls» s’attaque à un gros morceau de l’actualité mondiale et s’en donne les moyens. C’est sûr, qu’un cinéaste qui traite de la Palestine aujourd’hui, c’est une bonne chose. Que ce cinéaste soit juif américain, c’est une autre paire de manche. Et c’est tout l’intérêt d’une telle œuvre qui se veut d’abord un éclairage historique et une restitution de quelques vérités oubliées. Tiré du roman éponyme et autobiographique de la journaliste palestinienne Rula Jebreal, le film de Schnabel revisite la saga tourmentée des Palestiniens de 1948 à la première Intifada à travers le destin d’une jeune femme, Miral.

Il est question ici d’un personnage  que l’on suit comme un guide qui traverse pour nous la mémoire d’une nation. Adapté avec l’auteur, ce film réquisitoire se focalise sur les destins de ces femmes  rescapées de la guerre  et qui luttent pour leur survie dans un univers hostile. Un destin qui les mènera jusqu’aux espoirs de paix suscités par la signature des accords d’Oslo en 1993. Le film devient du coup un récit d’histoire où se mêlent fiction et réalité, rêves et espoirs brûlés sur l’autel de la négation au nom de la religion. Ce qui fait dire au réalisateur : «C’est justement parce que je suis juif que cette histoire m’a touché, elle fait partie de moi». Et là, le regard du juif américain est différent de ce qui a été fait sur le sujet par des cinéastes arabes ou israéliens. Une certaine retenue couplée à un souci de véracité : «Il faut comprendre les Palestiniens. Le film témoigne que leurs peurs et leurs désirs ne sont pas très distincts des nôtres».

Ce qui fait défiler des questions sur la tourmente, la perdition de toute une nation qui ne voit pas le bout du tunnel. Reste que Julian Schnabel fonde aujourd’hui ses espoirs sur la reprise de pourparlers israélo-palestiniens directs et dédie son film à «tous ceux qui de part et d’autre croient encore que la paix est possible». Un vœu pieux que le cinéma veut bien nous faire avaler. Mais l’espoir se heurte aux démentis de tous les jours sur le terrain où l’injustice le dispute à l’horreur.


Réalisé par Julian Schnabel. Avec Freida Pinto, Hiam Abbass, Alexander Seddid, Willem Dafoe, Omar Metwally et Vanessa Redgrave.

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