La couleur africaine de Tanjazz

Le festival de jazz de Tanger n’aura pas lieu au mois de septembre. La date de son organisation a été avancée au mois de mai. Ainsi cette manifestation artistique, qui venait en dernier lieu au Royaume, va ouvrir le bal cette année. L’idée est née de la volonté d’attirer un large public à ce rendez-vous jazzy. «La rentrée scolaire et le fait que les gens reviennent des vacances au mois de septembre concourent à réduire notre public.
De telle sorte que de nombreux amoureux de jazz se plaignent régulièrement de l’impossibilité d’assister à ce festival en raison de la date de son organisation», a dit Philippe Lorin, directeur fondateur de Tanjazz. La date choisie pour cette 4ème édition ne constitue pas toutefois l’unique raison de laquelle on peut espérer un plus grand nombre de spectateurs.
Une exigence de qualité distingue en effet le programme de cette année. «Je ne cherche pas des stars, mais des musiciens», dit Philippe Lorin. En dépit de cette volonté de ne pas gamberger sur des têtes d’affiche pour établir la réputation de la manifestation, les connaisseurs de jazz seront très heureux d’apprendre que Manu Dibango sera présent à Tanger.
Ce Camerounais, né en 1933, est le père de la Soul Makossa, une forme musicale à laquelle on attribue la naissance de la World Music. Manu Dibango est l’auteur du premier tube africain en 1972. «Soul Makossa» a été composé à l’occasion de la coupe d’Afrique à Yaoundé et a connu un succès immense aux USA. Un succès qui a résisté au temps, puisqu’en 1982, Michael Jackson a repris, sans autorisation, le célèbre refrain de ce tube «Ma ma ma, Ma ma sa, Ma ma massa» dans le titre d’ouverture de l’album «Thriller». Manu Dibango a la réputation d’être inégal lors des concerts. Ceux qui l’aiment et le suivent depuis des années, se disent largement gratifiés par un concert, un seul, où le Camerounais est inspiré. Autre musique inspirée, et très peu sujette à l’humeur de son auteur, celle du Libanais Toufic Farroukh.
Jazzman aux confluences des musiques du monde, Toufic Farroukh est l’un des fers de lance de la nouvelle génération de musiciens libanais. À une trame de jazz solide, il incorpore des instruments traditionnels (oud, ney) et crée un univers à la fois nostalgique et actuel. L’écoute de ses compositions suggère un monde à la fois raffiné et traversée de coupures qui rompent avec un ordre harmonieux.
Linda Mahmoudi et son quintette Lindaloo a été considérée, l’année dernière, comme la révélation de Tanjazz. Elle sera également de la fête lors de cette 4ème édition. Linda Mahmoudi est une chanteuse d’origine algérienne dotée d’une voix chaude et distinguée. Elle mêle la chanson arabe avec les classiques du jazz. Tout en sacrifiant à la fusion des genres, elle ne dépasse jamais la ligne qui confond le jazz avec d’autres formes musicales. Son interprétation est un show autant pour les yeux qu’un plaisir pour les oreilles. Linda Mahmoudi fait de surcroît partie de ces chanteuses de jazz qui ont cette musique dans le sang. Elle bouge, danse, bat des mains contre sa poitrine, donne le meilleur d’elle-même. Elle n’hésite pas à partager avec son public sa vie intime. Chaque chanson réfère à un épisode de sa vie particulière. Il y en a sur ses amours déçus, sur son ancien goût forcené pour le whisky…
Le Trio Edouard Bineau permettra quant à lui de se rendre compte de l’attrait que le jazz exerce sur les jeunes. Le pianiste et compositeur Edouard Bineau est né en 1969. Cet enfant de Bill Evans et d’Erik Satie sait déjà apprivoiser le silence et délivrer, sans précipitation ni narcissisme, une présence urgente de la musique. Et enfin, il ne faut pas oublier le Marocain Mehdi Bennani de qui les amoureux du jazz attendent beaucoup.
C’est ainsi que l’on peut donner un avant-goût des moments forts de cette manifestation qui est en passe de devenir le rendez-vous jazzy le plus important en Afrique. Et en dépit des difficultés financières qui rendent incertaines sa pérennité, son fondateur tient à ce qu’elle s’enracine si bien à Tanger que le nom de cette ville s’y identifie. Ce ne sera qu’un juste rappel d’un temps doré. Tanger et le jazz, c’est toute l’histoire d’une ville.

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