La mort frappe dans le noir

La mort frappe dans le noir

«La nuit seule tolère ce qui est à l’écart, le solitaire, la nuit est un refuge pour les apatrides, un no man’s land infiniment vaste, avec des cachettes dans lesquelles l’homme n’est pas déformé, assimilé, ou quiconque qui cherche un contact est bienvenu». Anna Kim donne le ton pour une histoire à la fois dure et gorgée des paysages du grand Nord. Nous sommes dans la nuit du 31 août au 1er septembre 2008.

Onze personnes viennent de se donner la mort dans une petite bourgade du Groenland oriental. Il s’agit là d’un fait réel, un réel drame qui s’est produit. Anna Kim se saisit de cette histoire pour tisser un roman costaud. L’auteure revient avec force détails et une écriture élégante  sur cette série de suicides qui va bouleverser la région puisqu’elle a touché des gens de tous horizons, des vieux, des jeunes, des pauvres, des riches, sans distinction…

En apparence, les morts n’ont rien en commun. Certains d’entre eux se sont à peine connus. Que s’est-il donc passé cette nuit pour que la mort frappe ainsi avec autant de rage et sans faire dans les détails ? Pour Anna Kim, ces suicides sont  un prétexte pour revenir sur l’histoire du Groenland, qui défile ici en filigrane, à travers les morts et les espoirs déçus.

Dans la nuit noire, les âmes sombres ont atteint leurs extrémités et ont décidé d’en finir. Nuit sans étoiles, nuit  de fin du monde où aucune lueur d’espoir ne peut faire face à la faux de la gueuse. Entre paysages sombres et gris, grisaille des cœurs, désepoir, cette nuit et son autopsie nous révèlent un pan entier de la vie moderne où les uns et les autres sont jetés dans la froideur de l’existence attendant un simple moment de courage ou d’extrême lâcheté pour en finir. Alcool, oisiveté, perdition, les gens n’ont plus d’attaches avec les esprits des anciens. La vie moderne les a broyés comme un rouleau compresseur. Sans espoir de rédemption.  Anna Kim signe ici un livre noir, juste et sans compromis sur une facette de ce monde fou et sans lumière.

Bio-express

Anna Kim est née en 1977 en Corée du Sud. Sa famille a émigré en Allemagne quand elle avait deux ans, puis à Vienne, où l’auteure vit depuis 1984. Après un séjour de plusieurs mois au Groenland où elle vit dans une famille inuite et la publication d’une enquête sur les conséquences de la colonisation danoise au nord du cercle polaire, elle écrit «Anatomie d’une nuit», son premier roman traduit en français.
 

Editions Jacqueline Chambon (Actes Sud) 180 DH

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