Balisage : Massacre

Marrakech est, sans conteste, l’une des plus belles vitrines du Royaume. Marrakech est, sans conteste, également, en train de perdre les points saillants qui ont contribué, des décennies durant, à son éclat. La ville qui fait office de porte du désert est en phase de devenir une cité sans identité.
Saignée à coup de pioche et de marteaux-piqueurs, Marrakech est, en effet, en proie à une vague de modernisation sauvage, dévastant tout sur son passage et occultant tout ce qui pourrait s’apparenter aux traditions ou à la culture de la cité. Dépitant comme évolution qui, faisant fi du poids et de l’ampleur culturels de cette cité séculaire, s’opère à la va-vite avec comme seule optique le moment présent.
Une projection dans l’avenir où le moindre passage en revue des éventuelles conséquences, néfastes, que cela pourrait entraîner, semblent relever du fantasme. Au nom de l’investissement, on charcute sans retenue. À la moindre lueur d’un quelconque intérêt qui pointe son nez à l’horizon, on rase et l’on érige, à la place, des essaims de bâtiments, modernes, manifestement, mais qui ne représentent pas moins une grossièreté révoltante. Marrakech se défigure à petit feu, certes, mais elle se défigure assurément.
Le remodelage tout en laideur dont a fait l’objet la Place Jamaâ Lafna, à titre d’exemple, ainsi que la Ménara, qui n’a pas échappé au lifting dévastateur irréfléchi, n’allait pas rester sans suite. On n’allait pas se contenter de si peu alors qu’il reste, pour le moment, tant d’autres choses à défigurer.
Longtemps dans le collimateur de cette vague solennelle de modernisation, le célèbre marché du Guéliz a de quoi trembler. Ses jours sont désormais comptés. Pourtant, les étalages ombragés de ce marché, considéré plus comme un lieu de rencontre et d’échange qu’un lieu qui ne sert qu’à faire ses emplettes, ont vu des jours bien meilleurs. Fleuristes, marchands de légumes et de fruits, bouchers et charcutiers, volaillers et poissonniers, en plus de la petite animalerie sise à l’entrée via le boulevard Mohammed V et qui contribuait activement au charme des lieux… Les locataires de ce coin à part, en plus des Marrakchis, de cultures dissemblables et de confessions différentes qui s’y empressaient chaque matin, ne peuvent qu’assister, impuissants, ulcérés, par ce qui se trame autour d’un lieu qui a plus d’une signification. Un véritable patrimoine qui a eu le malheur de se trouver là où il ne fallait pas, ou, autrement, dans une période où les valeurs qui fondent un lieu déterminé n’ont plus droit de cité.

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